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TÉMOIGNAGE DE JEAN-LOUIS CRÉMIEUX-BRILHAC

«L’appel du 18 juin est la démonstration d’un visionnaire»

Le 18 juin aurait pu ne pas avoir lieu, le général de Gaulle aurait pu ne pas aller à Londres, étant à Londres, il aurait pu ne pas être autorisé à parler. Mais l’Histoire en a décidé autrement. Témoignage de l’ancien résistant Jean-Louis Crémieux-Brilhac sur cet appel – et les suivants – prononcés par celui qui allait devenir le « général micro ».

DR / Fondation Charles de Gaulle

Le général de Gaulle a enregistré son appel le 18 juin vers 18 heures, mais le feu vert a été donné à la BBC seulement à 20h15, et l’appel a été diffusé à 22 heures. Il a été ensuite interdit d’antenne le 19, le 20 et le 21 juin. C’est seulement le 22 juin que le général a pu faire son second appel, beaucoup plus écouté.

"Un acte fondateur, des discours admirables"

Le 26 juin, il prononce une réponse au maréchal Pétain, qui venait d’annoncer l’entrée en vigueur des armistices, expliquant pourquoi ceux-ci étaient nécessaires. "Le général de Gaulle a fait un discours admirable : "Monsieur le maréchal, pour commettre un tel acte de soumission, il n’y avait pas besoin du vainqueur de Verdun, n’importe qui aurait suffi", raconte avec émotion Jean-Louis Crémieux Brilhac. "C’était un très grand discours, pas très connu, mais superbe".

L’appel, qui était basé sur la conviction d’un homme qui était "remarquablement expérimenté, qui connaissait le maréchal Pétain et qui connaissait la tactique et la stratégie allemande", si solitaire qu’il ait été, est le point de départ de la France libre, et un acte fondateur.

"Churchill considérait de Gaulle comme son poulain"

Comme il était le seul parti à Londres, qu’aucun autre homme politique ou personnalité militaire importante ne se trouvait dans la capitale britannique, Churchill déclare alors au général de Gaulle : "Eh bien vous êtes seul, je vous reconnais tout seul, chef des Français libres qui continuent la guerre aux côtés des Britanniques".

Avant cet appel, le général de Gaulle avait rencontré quatre fois le Premier ministre britannique. "Le jeune général de Gaulle était l'une des seules forces intraitables du gouvernement français, ce qui lui a valu pendant longtemps la sympathie de Churchill. Il le considérait comme son poulain tout en le trouvant insupportable ! Churchill avait même déclaré un jour qu’il fallait enchaîner de Gaulle et le mettre à la Tour de Londres", s’amuse M. Crémieux-Brilhac.

L’image du "Grand Homme"

"De Gaulle avait une passion exceptionnelle pour la France, il avait un haut degré de la propagande, et certainement de la mise en scène. La manière dont il a tenu à raidir son personnage, dans une espèce d’armure invisible, était quelques chose de très calculé et qui répondait à une image qu’il se faisait du "grand Homme", capable d’être "l’homme des tempêtes", explique l’ancien résistant.

Pourtant lors de l’appel du 18 juin, il n’y a pas eu de de mise en scène particulière : "l’appel du 18 juin est court, c’est un raisonnement, un syllogisme, c’est la démonstration d’un visionnaire". Mais dans les appels suivants, le général a su mettre en avant cette image du "Grand Homme". "Le général a fait preuve d’une grande éloquence. Il avait le goût de la mise en scène : celle de son discours et de son personnage. Il avait également le souci d’une propagande très active, pour rallier autant que possible les Français à travers le monde, et les opinions publiques étrangères".

Quatre ans plus tard, les forces alliées libèrent la France de l'occupation nazie et le général de Gaulle prend la tête du Gouvernement provisoire.

Propos recueillis par Franck Guillory et Anaïs Lefébure pour JOL Press

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