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Philippe Noguès

Philippe Noguès

Ancien Député du Morbihan

Philippe Noguès a été député du Morbihan de 2012 à 2017. Très impliqué sur les thématiques de développement durable et de dialogue social, ce dernier a été président du groupe d'études sur la responsabilité sociale et environnementale des entrepri...

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Crédit Mutuel Arkéa : des sociétaires pris en otage !

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Le 17 mai dernier se déroulait à Paris une manifestation très particulière. Venus en grande majorité de Bretagne, tout de rouge vêtus, les salariés du CM Arkéa, volontaires pour certains, contraints pour d’autres, défilaient devant les fenêtres de Bercy en scandant des slogans appelant à la scission avec la Confédération nationale du Crédit Mutuel.

 

Si ces banquiers dans la rue ont pu susciter quelques sourires parisiens, l’écho de la manifestation en Bretagne, malgré quelques retours médiatiques, est resté assez faible. Pourtant la direction d’Arkéa ne lésine pas sur les moyens pour parvenir à ses fins. L’argent coule même à flots : "salariés manifestants" rémunérés, mais aussi nourris et transportés gracieusement, pages entières dans la Presse quotidienne régionale, site dédié… Le problème, c’est que l’observateur lambda a beaucoup de mal à distinguer aujourd’hui l’objectif réel de toute cette agitation.

Les proclamations d’indépendance se succèdent, mais ne reposent encore aujourd’hui sur aucun projet concret. Les autorités de régulation bancaire apparaissent d’ailleurs pour le moins dubitatives. François Villeroy de Galhau, le gouverneur de la Banque de France et président de l’ACPR, affirmait ainsi très récemment : "Une sortie éventuelle d’Arkéa du Crédit Mutuel serait une opération complexe soulevant une problématique inédite", et il marquait sa très nette inquiétude en rajoutant : "une sortie éventuelle, NDLR) supposerait que le Crédit Mutuel Arkéa apporte encore aux autorités de supervision toutes les clarifications et précisions sur les modalités de mise en œuvre de son projet"… En résumé, il ne comprend pas très bien où veulent aller Jean-Pierre Denis et les dirigeants d’Arkéa. Comment, dans ces conditions, les sociétaires pourraient-ils se faire une idée précise de ce qui est en train de se jouer ?

Que les sociétaires comprennent réellement ce qu’il se passe à Arkéa n’est évidemment pas la volonté des dirigeants d’Arkéa. En maintenant le flou autour de leur projet, il est plus facile pour eux de limiter le débat interne à quelques administrateurs beaucoup plus faciles à convaincre !

Et c’est un des points clés du problème. Tout est fait pour favoriser un entre-soi beaucoup plus facile à gérer. Ainsi, les récentes assemblées générales des caisses locales se sont-elles transformées en demi-journées portes ouvertes au cours desquelles les sociétaires qui avaient fait l’effort de se déplacer — ils n’étaient pas très nombreux — ont pu voter pour désigner des administrateurs. Mais cela sans connaître, mis à part leurs nom et prénom, les personnes candidates ! Ni évidemment leurs opinions sur le seul sujet le plus important du moment, celui de la scission avec le Crédit Mutuel. D’ailleurs, étrangement, le thème n’était pas à l’ordre du jour de ces "assemblées cocktails".

Absence criante de projet

Les sociétaires souhaitaient-ils vraiment élire des représentants qui les entraîneraient, au final, à changer de banque ? Avaient-ils conscience qu’ils ne seraient plus sociétaires du Crédit Mutuel si le projet allait à son terme ? Et qu’ils deviendraient de fait clients d’une banque dont personne ne connaît aujourd’hui ni la forme juridique ni la gouvernance… ni surtout la fiabilité financière ?

Évidemment, les règles ont été respectées. Les administrateurs élus ont pu voter. Et ils l’ont d’ailleurs fait comme un seul homme, selon les souhaits de la direction, sur un projet dont ils ne connaissaient pourtant — et pour cause puisqu’elles n’existent toujours pas à ce stade —  ni les modalités ni même la faisabilité.

Depuis plusieurs mois, dans chaque agence du Crédit Mutuel Arkéa, les sociétaires sont incités à signer une pétition en faveur d’une démarche d’indépendance, alors même qu’aucun projet précis n’y est associé. Les argumentaires reprennent les éléments de langage de la direction accusant la Confédération nationale du Crédit Mutuel de vouloir supprimer des emplois et plus globalement de faire main basse sur une entité bancaire… présentée comme une partie du patrimoine culturel breton. Osons ! Evidemment, dans ce contexte, certains sociétaires succombent à la pression et signent, de bonne foi, persuadés de défendre leur région.

Pourtant malgré le rouleau compresseur mis en place par Jean-Pierre Denis et la direction d’Arkéa — qui ont joué tellement gros qu’on ne voit pas pour eux de possible retour en arrière — des sociétaires tentent de s’organiser. Une pétition a ainsi été lancée par un "Collectif des Mutualistes Inquiets" qui a recueilli plus de 20 000 signatures en quelques semaines et qui exige notamment la tenue d’assemblées générales de tous les sociétaires "dûment précédées d’une information individuelle complète sur le projet".

Évidemment difficile pour la direction d’Arkéa de répondre à une telle demande, elle qui est déjà bien incapable de fournir le moindre élément d’un projet un tant soit peu crédible aux autorités de régulation bancaire françaises et européennes. Alors comment ces dernières pourraient-elles laisser encore perdurer plus longtemps une telle situation où des sociétaires sont privés de toutes informations sérieuses et, au final, clairement pris en otage ? Il faudrait maintenant un peu de rationalité et de courage pour mettre fin à cette délirante fuite en avant !

 

Philippe Noguès

Ancien député du Morbihan

 

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