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La chaîne BeIN s’attaque au streaming illégal, et nos enfants la remercieront

Rojadirecta : un nom qui ne vous dit peut-être rien, mais qui, pour le million de visiteurs mensuels que ce site attirait, signifiait un accès instantané et gratuit aux matches de football diffusés par les chaînes comme Canal+ ou beIN Sports. Signifiait, car la justice espagnole vient d'exiger, début février, la fermeture de la plateforme, au motif que le site violait les droits de propriété intellectuelle, en diffusant sur Internet, gratuitement et sans aucune autorisation, les évènements sportifs du monde entier. Dans le détail, le site Rojadirecta se contentait de recenser les liens permettant aux internautes de regarder les évènements sportifs les plus populaires. Le tout, sans débourser le moindre centime.

Informations pratiques

« Adios, Rojadirecta » : la décision de la justice espagnole sonne comme une incontestable victoire pour l'industrie de la retransmission sportive. La plainte menant à l'interdiction du site émanait, en effet, de l'entreprise DTS (ex-Canal+ en Espagne). Prenant la mesure du phénomène, les chaînes de télévision historiques ont bien l'intention de mener la guerre au streaming illégal.

beIN Sports en guerre contre le streaming illégal

Pour le président de beIN Sports France, Youssef Al-Obaidly, la lutte contre le streaming est même devenue une « priorité ». Quatre ans après son lancement en France, la chaîne originaire du Qatar a réussi son entrée dans le paysage audiovisuel français (PAF), retransmettant par exemple les matches de Ligue 1 et de Ligue 2, ou encore ceux de la Champion's League ou le Championnat d'Europe des nations.

Mais pour le patron de beIN Sports, cette belle entrée en matière est ternie par l'augmentation sans précédent des sites de streaming illégal. Il estime ainsi les pertes financières dues au piratage à 200 millions d'euros, des pertes « convergentes » à celles de son principal concurrent, Canal+. « Nous avons commencé à demander la fermeture de sites pirates et nous allons continuer de le faire, car nous pensons que cela handicape l'ensemble du paysage audiovisuel français », a déclaré Youssef Al-Obaidly à L'Opinion.

Durant les épreuves de l'Euro 2016, les équipes de beIN Sports auraient ainsi comptabilisé « la présence d'environ 100 sites qui proposaient illégalement des matches en streaming », dont l'un qui « a été consulté par 330 000 visiteurs sur le seul match Allemagne/Italie du 2 juillet. Si on multiplie cette audience par le nombre de sites répertoriés, on se rend compte de l'ampleur du phénomène et du préjudice qui en résulte pour le diffuseur », avertit encore le dirigeant.

Le combat contre la piraterie numérique ne connaît pas de frontière. Toujours début février, c'est la Suède qui a décidé de frapper un grand coup. Pour la première fois dans ce pays, un fournisseur d'accès Internet (FAI) a été sommé par la justice de bloquer l'accès au site de téléchargement illégal de musique et de films The Pirate Bay. Et ce pour une période de trois ans. Une décision de dernière instance, qui consacre la victoire des majors de l’industrie du film et du disque, qui avaient été déboutées lors d'un précédent jugement. Mais le téléchargement et le streaming illégaux n'affectent pas que les recettes des géants du sport ou du divertissement. Les utilisateurs de tels services, et particulièrement les plus jeunes enfants, sont eux aussi exposés à de sérieuses menaces.

Les enfants, premières victimes du streaming illégal

Le streaming vidéo compterait pour plus de 90% du trafic Internet mondial, selon l'OCDE. Rien qu'en France, 35 millions d'internautes regarderaient au moins une vidéo par mois sur la toile ; une statistique qui explose si l'on ne parle que des 15-24 ans, qui s'abreuveraient de plus de 130 vidéos chaque mois. Enfin, plus de 13 millions d'internautes français se rendraient régulièrement sur ces plateformes de streaming, de live-streaming ou de téléchargement illégal.

Si cette pratique est « gratuite », elle n'est cependant pas sans risque. Ces sites et plateformes sont le repère des hackers en tout genre, qui profitent de la naïveté des internautes pour récupérer des données privées et sensibles, des photos aux vidéos en passant par les mots de passe et autres informations bancaires. D'après un rapport de l'Association des professionnels de la sécurité sur Internet (AISP), 97% des sites illégaux seraient infectés. Quelque 160 000 malware, ces logiciels malveillants, seraient créés chaque jour dans le but de pirater les ordinateurs des internautes peu regardants sur la sécurité.

Contrairement à l'image reçue, le streaming n'est pas qu'un passe-temps pour grands enfants fans de sport et de séries. Les enfants, les « vrais », sont eux aussi en première ligne. Plus d'un enfant et jeune adolescent sur deux (55%) regarderaient ainsi des vidéos sur des sites illégaux, selon un sondage réalisé pour le compte de l'association Ennocence, qui entend protéger les plus jeunes contre les risques de l'exposition à la pornographie. Les pop-up, ces fenêtres intempestives qui surgissent lors de la consultation d'un site illégal, seraient à l'origine de 72% des expositions accidentelles à la pornographie. Selon le rapport de l'association, 14% des 9-16 ans et 36% des 15-16 ans auraient déjà été exposés à des images ou vidéos pour adultes.

Selon une étude réalisée par les laboratoires BitDefender, les enfants de moins de 10 ans représenteraient 10% des visiteurs de sites pornographiques. Une exposition beaucoup trop hâtive à des images qui peuvent gravement impacter le développement et les perceptions du jeune enfant. Si la responsabilité des parents compte pour beaucoup dans l'apprentissage d'Internet par leurs enfants, ces mêmes parents sont près de huit sur dix (79%) à estimer que la protection des enfants sur Internet n'est pas suffisamment abordée par les hommes et femmes politiques. Un silence que dénoncent Gordon Choiseul et Brigitte Lahaie, président et ambassadrice de l'association Ennocence : « À l'approche de l'élection présidentielle, nous souhaitons interpeller nos femmes et nos hommes politiques sur la nécessité de tout mettre en œuvre pour protéger nos enfants et jeunes adolescents de ces nouveaux risques. Rien n'est fait en ce sens et les parents se sentent démunis ». Il reste moins de deux mois aux candidats pour accepter de relever le défi.

 

 

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