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ALDEIA MARACANÃ

À deux pas du Maracanã, un village indien lutte pour sa survie

Site à quelques mètres du mythique stade Maracanã à Rio de Janeiro, un « village » dédié à la culture indigène du Brésil était menacé de démolition à cause de la Coupe du monde. Sept ans après le début de leur mobilisation, les Indiens ont gagné – en partie – leur combat.

© Laurence Guenoun, 2012 / DR

C’est en grande pompe que la présidente brésilienne Dilma Rousseff a confié, lundi 30 juin, les clés de plusieurs appartements à une vingtaine de familles indigènes, dans une résidence de la zone nord de Rio de Janeiro.

Tous occupaient depuis 2006 l’ancien Musée de l’Indien, rebaptisé Aldeia Maracanã, le "village" Maracanã, situé à quelques mètres du mythique stade de football du même nom, qui accueille dimanche 13 juillet la finale de la Coupe du monde. Construit en 1862, le vieux bâtiment style art déco, assis sur un terrain de 15 000 mètres carrés, avait été donné en 1910 par le duc de Saxe à l’État brésilien, le dédiant à la préservation de la culture indigène brésilienne.

Après avoir abrité le Service de protection de l’Indien au début du XXème siècle, le bâtiment est transformé en musée en 1953 par l’anthropologue Darcy Ribeiro. La collection est finalement transférée en 1977 dans un autre quartier de Rio, et le bâtiment est laissé à l’abandon pendant des années. Sur les murs décrépis, la végétation reprend alors ses droits.

© Laurence Guenoun, 2012 / DR

Lieu d’échanges

En 2006, les Indigènes du Brésil et le Mouvement des sans-terre (MST), qui militent régulièrement pour faire valoir leurs droits, décident d’investir le bâtiment, symbole de la culture indigène. Ils occupent de manière permanente l’Aldeia Maracanã et organisent des activités culturelles et éducatives. Ils y enseignent le tupi, produisent et vendent l’artisanat indigène et cherchent à sensibiliser le public à leur culture. L’espace, occupé par quelques dizaines d’Indiens, devient lieu d’échanges.

En 2012, alors que se profile l’organisation de la Coupe du Monde de football, le gouvernement et la ville de Rio annoncent leur décision de raser le bâtiment pour y construire un parking. On évoque également la construction d’un centre commercial, de complexes sportifs. Une aubaine pour les investisseurs. Les Indigènes, qui craignent pour la survie de leur espace, continuent d’occuper le bâtiment.

© Laurence Guenoun, 2012 / DR

Le 22 mars 2013, les choses s’accélèrent : les autorités brésiliennes exigent l’évacuation immédiate de l’Aldeia Maracanã. Les images de la police anti-émeute expulsant par la force les militants indigènes, coiffés de plumes et tatoués, font le tour de la presse mondiale. Gaz lacrymogènes, arrestations musclées... Certains Indiens finissent par accepter d’être relogés. D’autres résistent.

En décembre de la même année, une nouvelle vague d’expulsions frappe l’Aldeia : le cacique Urutau Guajajara entend poursuivre son combat et va jusqu’à grimper dans un arbre où il reste perché plus de 26 heures avant d’être délogé par les pompiers. En janvier 2014, à quelques mois du lancement de la Coupe du monde, le gouvernement de Rio fait finalement savoir que le bâtiment restera debout et transformé en centre culturel.

Photo: Percursodacultura, janvier 2013 / flickr-cc

Relogés

Mais les Indigènes, eux, ne pourront plus y habiter. Le programme de relogement "Minha Casa, Minha Vida" ("Ma maison, Ma vie") est lancé par le gouvernement brésilien. Difficile pour les Indigènes de refuser l’offre.

Certains voient même d’un bon œil cette nouvelle étape dans leur lutte pour la défense de leur culture. "Nous devons sortir de notre village à la recherche de quelque chose de mieux. Nous pensons que le contact avec les non-Indiens va beaucoup nous apprendre, et ils apprendront aussi beaucoup de notre culture. Ce sera un très bon échange d’expériences", confie une des Indigènes à la presse brésilienne, lors de la remise des clés. Depuis 16 mois, ils vivaient à l’ouest de Rio, dans un ancien site d’isolement des malades de la lèpre.

Mais d’autres voient dans ce programme de relogement un simple appât du gouvernement. "C’est ce qu’il donnait déjà aux communautés autochtones il y a 514 ans", déplore le chef Urutau Guajajara. "Ce que nous voulons, c’est une université indienne, non seulement dans le bâtiment de l’Aldeia, mais sur le terrain de l’ancien musée, avec une administration conçue et gérée par les populations indigènes", a-t-il fait valoir.

Les travaux de réaménagement, retardés à cause de la Coupe du monde, ne devraient commencer que dans quelques mois.

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