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Le big bang culturel de l’Arabie saoudite

Le 22 février dernier, le désormais incontournable Mohammed Ben Salmane, le prince héritier devenu le nouvel homme fort du royaume, a annoncé son plan d’investissement dédié au développement de la culture et du divertissement. D’ici 2030, il souhaite injecter près de 64 milliards d’euros afin de hisser le royaume wahhabite parmi les plus grandes destinations mondiales. Une somme colossale pour un pays jusque là fermé à la culture et au divertissement. Un véritable retournement de paradigme.

 

On connaissait le soft power venu du Qatar ou des Émirats arabes unis. Voici désormais le modèle estampillé Arabie Saoudite. En deux mots : ambitieux et colossal ! À la baguette de cette révolution culturelle, on retrouve Mohammed Ben Salmane (alias MBS), un jeune trentenaire bien décidé à mettre à exécution son plan baptisé "Vision 2030" qui vise à diversifier l’économie du pays et le faire sortir de sa dépendance pétrolière.

 

Musée, cinéma, théâtre, concerts...

 

Après avoir dévoilé ses desseins dans le domaine touristique et expliqué en octobre 2017 que le fonds d’investissement permettant de financer les projets allait dépasser les 400 milliards de dollars, le prince héritier a dévoilé — par la voie d’Ahmad ben Aqil al-Khatib, président de l’Autorité générale du divertissement dans le royaume — sa stratégie culturelle. Elle ne manque pas d’ambitions : un montant de 64 milliards de dollars sera investi sur 10 ans ! Chaque secteur va bénéficier de cette aubaine avec l’ouverture prévue de 241 musées publics et privés, l’augmentation du nombre de sites archéologiques visitables de 75 à 155, la construction de près de 1 900 salles de cinéma et l’organisation de 400 événements culturels majeurs annuels. Qui dit mieux ?

 

Le mouvement est déjà en marche : outre l’ouverture des premières salles obscures dès le mois d’avril, Ahmad ben Aqil al-Khatib a annoncé la venue prochaine de grands artistes internationaux, à commencer par Andrea Bocelli, Maroon 5 ou encore le Cirque du Soleil. "Nous organiserons près de 5 000 manifestations culturelles cette année, a précisé le président. Vous verrez un véritable changement d’ici 2020" Forcément, ces mesures auront un fort impact économique et social. Ryad a d’ailleurs indiqué que cette nouvelle dynamique culturelle avait déjà permis de créer 17 500 nouveaux emplois et attiré 8 millions de personnes. D’ici 2030, l’objectif est de créer chaque année 220 000 nouveaux jobs et faire venir plus de 50 millions de visiteurs.

 

Une vision de plus en plus large

 

Dans le paysage culturel, l’industrie cinématographique va jouer un rôle majeur. À elle seule, elle devrait générer 24 milliards de dollars de revenus sur 10 ans et permettre de créer de 30 000 emplois. L’histoire est belle : après 35 ans d’interdiction, les salles de cinéma ont de nouveau le droit d’ouvrir depuis le mois de décembre 2017. Dès le mois de mars, le Saudi Film Festival de Dammam se tiendra et mettra à l’honneur Haifaa al-Mansour, première cinéaste femme de l’Arabie Saoudite, et d’autres nouveaux visages du 7e Art. En près de deux ans, MBS a véritablement ouvert de nouvelles perspectives à la jeunesse de son pays. La place des femmes dans la société va être transformée : outre leur autorisation donnée de conduire et d’assister à des matchs de foot, l’économie s’ouvre à elles. C’est même la clé de la future réussite du projet "Vision 2030" : aujourd’hui, alors que seules 18 % d’entre elles travaillent (contre 2/3 des hommes), l’objectif est de porter le taux d’emploi des femmes saoudiennes à 28 % d’ici 2020. Cette "féminisation" de l’économie s’inscrit dans une stratégie globale qui permet à la fois de rendre l’économie du pays moins dépendante du pétrole, mais également plus attractive pour les investisseurs étrangers souhaitant participer à cette émergence aussi rapide que spectaculaire.

 

Une transformation brusque de la société qui risque de rentrer de plein fouet en confrontation avec les institutions les plus conservatrices de la société saoudienne. Mais appuyé sur une jeunesse assoiffée de progrès, hyper connectée et qui a souvent effectué ses études en occident, le nouvel homme fort de l’Arabie saoudite réforme au pas de charge son royaume.

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