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«MONTEBOURG - MOI, PRÉSIDENT...», VALENTIN SPITZ

Montebourg/Pulvar: «La pression médiatique a flingué leur histoire»

Mais jusqu'où montera Montebourg ? Avocat et député à 35 ans, ministre à 50, ce poids lourd du gouvernement Valls I a vu sans déplaisir la chute de Jean-Marc Ayrault, son plus fervent détracteur. Qu'il séduise ou qu'il horripile, celui que ses pairs appelaient «le dingue du Palais-Bourbon» est devenu une figure de premier plan, dont il n'est plus permis de se gausser.

Extrait de «Montebourg - Moi, président...», de Valentin Spitz (Éditions l'Archipel - 10 septembre 2014).

L'ex-ministre de l'Économie Arnaud Montebourg (Photo: Flickr/Parti socialiste/Philippe Grangeaud)

Qui est vraiment ce boutefeu, que certains jugent arrogant ? Une rock star de gauche en mal de reconnaissance ? Un embrocheur de moulins à vent ? Un adversaire sans foi ni loi, adepte de la "diffamation positive" ? Un nouveau Chevènement, imprévisible et entêté ? Ou au contraire un homme courageux, prêt à se sacrifier pour ses idées, quitte à froisser sa propre famille politique ? Et que veut-il vraiment : un PS rénové, la VIe République, l'Élysée... ou tout à la fois ?

Extrait de Montebourg - Moi, président..., de Valentin Spitz (Éditions l'Archipel - 10 septembre 2014).
 

Tout commence début 2010. La presse people révèle la liaison d’Arnaud Montebourg, député de Saône-et- Loire, avec une ancienne présentatrice de France 3. Pourquoi l’information est-elle sortie ? "Parce que nous étions traqués par un paparazzi en planque qui nous a chopés en train de nous rouler une galoche. Ça arrive", explique aujourd’hui le ministre.

Audrey Pulvar ne laisse pas indifférent. Encore aujourd’hui, son nom suscite l’irritation chez bien des proches du ministre. Aucune autre compagne d’Arnaud Montebourg ne suscite dans son entourage autant de commentaires, souvent désobligeants, voire irrationnels. Tel estime qu’Audrey Pulvar l’aurait "instrumentalis" pour entrer en contact avec Montebourg, que cette "manipulatrice" les aurait "séparés". Hommes ou femmes, ses proches – qui préfèrent taire leur nom – entretiennent une relation fusionnelle avec Arnaud Montebourg. À son corps défendant, ils forment autour de lui une sorte de cour, où Pulvar fait figure de rivale : "la Du Barry", me dit même une ancienne amie du ministre, par allusion à la sulfureuse maîtresse de Louis XV. Ce qu’ils lui reprochent ? De s’être accaparé leur champion.

"Je sais ce qu’ils disent, réagit-elle. Christophe Lantoine m’en a fait la remarque une fois. L’entourage d’Arnaud me reprochait de l’accaparer. Alors que je ne le voyais jamais ! Il était tout le temps sur les routes, tout le temps avec eux ! Le seul moyen de se parler, c’était le téléphone. On s’envoyait quatre cent mille textos par jour, on se parlait tous les jours. Et lorsqu’il est devenu ministre, pour le coup, je ne l’ai plus vu du tout. Tellement plus qu’il est parti"

Christophe Lantoine, chef de cabinet et bras droit du ministre, a sa petite théorie sur la question : "Je pense que certains proches d’Arnaud, ceux que j’appelle ses “amoureux”, ont tendance à considérer qu’il leur appartient. Ils entretiennent avec lui une relation quasi amoureuse. Audrey leur a piqué l’Arnaud avec qui ils faisaient la fête, avec qui ils sortaient. D’un seul coup, il avait une vie classique avec une nana, il passait du temps avec elle, devenait moins disponible. Hommes ou femmes, ils l’ont vue comme une concurrente. “Qu’est-ce que tu fais ? Il est à moi"

Un autre collaborateur du ministre renchérit : "Ils poussaient très loin leurs envies de vengeance, jusqu’à appeler tel ami journaliste dans tel média people pour balancer de fausses infos ou des saloperies. À la fin, c’était très emmerdant car cela nuisait aussi bien à lui qu’à elle"

À bien des égards, l’aversion d’Arnaud Montebourg pour les médias s’explique ainsi. "La pression médiatique a totalement flingué leur histoire, explique un de ses proches. La machine à fantasmes a fonctionné à plein, tout devenait suspect. C’était la chronique d’une histoire impossible. Sa relation avec Pulvar a été un moment très marquant pour Arnaud. Il a compris ce que pouvait être la violence médiatique. Je ne la souhaite à personne. L’histoire de Pigasse avec les Inrocks l’a blessé profondément. Ça a rejailli sur l’image qu’il a des journalistes"

Mais cette médiatisation, qui en est responsable ? Un ami du ministre désigne Audrey Pulvar, "omniprésente" pendant la campagne des primaires et "qui ne rêvait que d’une chose : exister auprès d’Arnaud et médiatiser leur histoire". C’est elle-même qui aurait mis la presse people au courant. En d’autres termes, elle se serait servi de Montebourg pour "continuer à exister médiatiquement".

"Faux, répond Audrey Pulvar. Je n’étais pas du tout dans la campagne. Dans l’équipe, je ne parlais qu’à Christophe Lantoine, chef de cabinet de Montebourg, et François Toros, attaché de presse. On nous a plusieurs fois proposé de faire des interviews ensemble ; nous avons toujours refusé. Ensuite, lors de la campagne de Hollande, je ne suis jamais intervenue, je n’étais absolument pas présente. Je ne connaissais pas les gens qui l’entouraient. Je n’étais pas une éminence grise. Mon seul mérite, c’est peut-être de lui avoir mis entre les mains les bouquins de Jeremy Rifkin, notamment celui sur la troisième révolution industrielle"

Témoignage confirmé par plusieurs membres de l’équipe d’Arnaud Montebourg, dont son directeur de campagne, Aquilino Morelle : "Audrey n’a fait aucune apparition, sauf une fois. Cela lui a d’ailleurs été reproché. C’était le soir de la victoire – enfin, de notre bon résultat du premier tour –, à La Bellevilloise. Jusque-là, elle s’était toujours cachée. Il faut dire qu’Arnaud était par monts et par vaux et qu’ils ne se voyaient pas beaucoup" Au contraire, explique un proche du ministre, "elle était omniprésente. Il devenait difficile d’approcher Arnaud. Elle faisait barrage et tout son possible pour le séparer de ses anciens amis, qu’elle percevait comme des menaces. Elle avait beaucoup d’influence sur lui, c’était une conseillère occulte"

Audrey Pulvar s’étonne de tels témoignages : "J’ai même lu un article complètement délirant, très flatteur pour moi, disant que j’avais été très présente dans la campagne. J’étais son “roc”, j’avais toujours un mot gentil pour tout le monde… Sauf que je n’étais pas l" Aquilino Morelle le confirme : "Il n’y a eu aucune interférence. À aucun moment, elle n’est apparue comme intervenante. Je ne l’ai jamais vue à un seul des conseils politiques du mercredi matin, ni à un meeting lors de nos nombreux déplacements. Jamais, jamais, jamais. Si elle tenait un rôle de conseillère occulte, il était vraiment occulte".

Il semble qu’Audrey Pulvar, en effet, ait vécu la campagne des primaires dans une forme de clandestinité. Lorsque, en novembre 2010, Montebourg se rend à Frangy, elle se trouve dans une autre voiture et arrive après le début de son discours, alors que tout le monde est déjà installé. Elle ne l’écoute pas dans la salle des fêtes, mais s’installe au réfectoire, dont la porte est entrouverte. Puis elle s’éclipse avant la fin, comme une ombre, aux premières notes de la chanson de Barbara. Hormis l’échotier qui parvient à la photographier, personne n’a remarqué sa présence.

En fin de compte, Audrey Pulvar n’aura été vraiment proche que de Christophe Lantoine, chef de cabinet et super-bras droit de Montebourg. C’est lui, pendant la campagne, qui assure la liaison entre eux. "Christophe le voyait plus que moi", sourit-elle aujourd’hui. Lui comprend mal les réactions suscitées par cette histoire : "Son rôle était bien moins tordu qu’on le dit. Ce n’était même pas un rôle : elle était la compagne d’un homme politique et exerçait, par ailleurs, l’activité de journaliste.

Si je vous demande quel est le “rôle” de votre épouse, vous me répondrez que vous n’en savez rien, qu’elle bosse et qu’elle a sa vie propre. Audrey ne faisait que donner son avis de temps en temps, comme une femme peut le faire avec son homme"

Un ami du ministre se souvient de moments passés avec Audrey Pulvar et Arnaud Montebourg autour d’un verre. "Nous discutions très librement de la campagne. Audrey ne se privait pas de faire des commentaires, parfois assez durs, sur son compagnon ou sur tel ou tel politique, mais ça n’allait pas plus loin. À proprement parler, elle n’avait pas d’influence politique sur Montebourg, comme lui n’en avait pas sur elle. À chacun son domaine"

À en croire Montebourg et ses proches, le couple aurait souhaité rester le plus discret possible. Lui-même n’a jamais accordé d’interview ou de reportage avec Audrey Pulvar, de même qu’il n’a jamais sacrifié au rituel de l’accouchement médiatisé ou de la séance photo avec ses enfants. Mais comment expliquer que ni lui ni elle n’aient imaginé les répercussions médiatiques de la présence d’Audrey Pulvar à La Bellevilloise, le soir des 17 %, malgré leur connaissance intime des médias ?

"Qu’ils soient ensemble et qu’ils s’affichent, après tout, qu’y avait-il de choquant ? demande Christophe Lantoine. Arnaud fait 17 % à la primaire et, ce soir-là, la compagne de sa vie décide de l’accompagner parce qu’elle est contente pour lui, tout simplement. Or, dès le lendemain, tout le monde s’est déchaîné sur elle" Argument recevable, mais deux personnalités publiques telles que Pulvar et Montebourg peuvent-elles ignorer la force du tourbillon médiatique où l’un et l’autre évoluent ? "Je suis persuadé qu’aucun des deux n’a eu la présence d’esprit de se dire : “Attention !” poursuit Christophe Lantoine. Tout le monde était content d’être là, de vivre l’instant présent. Voilà, c’est tout. Je pense simplement qu’ils ont péché par naïvet"

Une ancienne journaliste, proche de Montebourg à l’époque, est moins indulgente : "La médiatisation, Audrey l’a voulue, elle l’a entretenue et lui aussi. Elle est montée sur scène à dessein, pour qu’on la voie, pour qu’on le sache. Tout était calculé. Arnaud aussi était fier de montrer qu’il était avec elle. Je ne crois pas au hasard" Rien de plus faux, d’après cet autre ami du ministre : "Ce sont de vieilles rancoeurs de journalistes qui auraient voulu la place d’Audrey. Alors que c’était une vraie histoire entre un mec et une nana, voilà tout. Je pense qu’il n’y avait pas la moindre volonté de coup médiatique de la part de l’un ou de l’autre. Au contraire, ils ont passé énormément de temps à protéger leur vie privée"

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Journaliste à iTélé, chroniqueur pour Le Plus du Nouvel Observateur et Sud-Radio, Valentin Spitz ets l'auteur d'une biographie de Najat Vallaud-Belkacem (avec Véronique Bernheim, First, 2012).

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