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DOSSIER SPÉCIAL

Euro 2012: nos pronostics

En 2008, la sélection espagnole avait rendez-vous avec la victoire. Une génération exceptionnelle, qui allait dominer le football européen pendant plusieurs années et décrocher le Mondial en 2010, avait logiquement remporté le premier trophée majeur de la Roja depuis 1964. Quatre ans plus tard, quelles équipes sont en mesure de décrocher l’Euro ?

Trophée de l'Euro 2008 - photo Soroll.cc

L’Espagne : trop de pression ?

À l’Euro 2008 et au Mondial de 2010, l’Espagne avait pu compter sur une génération fantastique, chacun des postes étant doublé voire triplé par des joueurs d’excellence. En 2010, la sélection ibérique disposait de David SilvaCesc Fabregas ou encore Fernando Torres… sur le banc ! Vincente del Bosque, le sélectionneur, disposait tout simplement des meilleurs effectifs au monde, où des joueurs de talent étaient condamnés à jouer les doublures, tant la concurrence était rude.

Si l’on ajoute à ces qualités individuelles un jeu léché et séduisant, surtout en 2008, conjugué à un réalisme parfois glaçant, il devient évident que l’on avait tout simplement affaire à la meilleure sélection du monde.

Seulement, cette génération dorée s’est imposée comme telle voilà déjà 6 ans. Des joueurs ont vieilli. Si l’on ne peut évidemment pas, d’ores et déjà, comparer cette Espagne à la vieillissante Allemagne du début des années 2000, il y a de quoi se poser des questions. Piqué ou encore Torrès sortent d’une saison compliquéeXavi a quelque peu perdu de son influence sur le jeu et de sa condition physique. Puyol et David Villa, eux, sont forfaits. Une perte certaine pour la Roja.

Sergio Busquets face à l'Allemagne en 2010 - photo C. Rubio pour la RFEF
Les plus jeunes, s’ils ne manquent pas de talent, souffrent tout de même pour certains de la comparaison avec leurs aînés, à l’image d’un Pedro qui n’a pas confirmé cette année ses très bonnes performances la saison passée avec le Barça.

Alors, trop de pression pour le tenant du titre ? Pas sûr. L’effectif espagnol reste parmi les meilleurs du monde, en particulier au milieu de terrain, et les joueurs ne sont plus les jeunes fougueux qui se faisaient froidement éliminer par la rigoureuse France en 2006. Au beau jeu barcelonais se greffe en sélection la solidité de l'arrière-garde madrilèneL’expérience est du côté de la Roja, comme l’a prouvé en 2010 son Mondial peuplé de 1-0 ou encore son parcours qualificatif, où les Espagnols ont toujours su gagner, même sans séduire, à l’image d'ailleurs de son dernier match contre la Chine. Une qualité essentielle dans les grandes compétitions internationales. Demandez donc aux Bleus de 1998. Par ailleurs, IniestaFabregasSilva ou encore le portier "San Iker" Casillas sont eux toujours au meilleur de leur forme. Aucun doute, l’Espagne reste parmi les favoris à sa propre succession

L’Allemagne : confirmer, et vite

Aux jeunes espagnols ont succédé les jeunes allemands. Si une équipe aujourd’hui peut se targuer d’être une équipe d’avenir, c’est bien l’Allemagne. L’ancienne Mannschaft, réputée pour sa rigueur et sa discipline, pour ses joueurs rugueux et athlétiques, n’est plus. À sa place, c’est une équipe joueuse, technique et chatoyante qui se présente à l’Euro. Avec un objectif clair : soulever un trophée, enfin.

Car oui, à la fin, ce n’est plus l’Allemagne qui gagne ces derniers temps. Les froids bourreaux du jeu flamboyant sont passés dans le camp des équipes séduisantes qui ne gagnent pas. En 2010, après avoir étrillé l’Angleterre et l’Argentine, les jeunes allemands, paralysés par l’enjeu, "déjouent" complètement en demi-finale face à une Espagne qui s’impose par la plus petite des marges. Une défaite qui reste en travers de la gorge des hommes de Joachim Löw, le sélectionneur allemand, qui jurent que cette fois-ci, promis, on ne les y reprendra plus.

Mario Gomez face à Israël - photo Bongarts pour la DFB

Bien que l’Espagne reste encore un adversaire de taille, bien que les matches de préparation n’aient pas été une promenade de santé, cette édition de l’Euro paraît tendre les bras à l’Allemagne et à son collectif léché, qui se trouvent toutefois dans le "groupe de la mort" (avec les Pays-Bas, le Portugal et le Danemark). Plusieurs raisons. Tout d’abord, Joachim Löw dispose de trois gardiens d’excellent niveau, dont l’époustouflant Manuel Neuer.

Ensuite, d’un milieu de terrain surpeuplé de joueurs exceptionnels (ÖzilSchweinsteigerGötzeSchürrleMüllerBenderKhediraKroos, etc… moyenne d’âge : moins de 23 ans), aux profils variés qui plus est. Entre les rocs infranchissables, les dribbleurs insaisissables, les canonniers adeptes du nettoyage de lucarne longue distance et les meneurs sobres et élégants, l’Allemagne dispose tout simplement d’un milieu capable d’écraser toutes les équipes européennes, si tant est qu’il joue à son meilleur niveau. Le seul, d'ailleurs, qui puisse tenir la comparaison avec celui de l'Espagne. De plus, nombre de ces joueurs se distinguent par leur altruisme, et savent, aussi, jouer ensemble.

Avec tant d’éléments offensifs au milieu, on en oublierait presque que la Mannschaft dispose d’une attaque de feu, entre le tueur Gomez, le vétéran Klose, et l’expérimenté Podolski.

Seule la défense, qui a pris cinq buts face à la Suisse dernièrement, semble manquer de sérénité. Sur le papier cependant, Lahm et consorts sont d’excellents joueurs. Que l’arrière-garde se stabilise pour de bon, et on voit mal qui pourrait arrêter l’Allemagne.

Les Pays-Bas : conjurer le sort

Les joueurs néerlandais ont une désagréable habitude. Créer la surprise, emballer leur monde, puis perdre en finale. Ils ont déjà trois finales de Coupe du Monde perdues à leur actif. Pour ne pas arranger les choses, dès lors que l’on est superstitieux, il y a Arjen Robben. Avec la victoire de Drogba en Ligue des Champions et le probable départ en pré-retraite de Michael Ballack, le virevoltant ailier du Bayern Munich est désormais seul à tenir le titre du plus grand "chat noir " du football actuel.

Joueur absolument irrésistible quand il n’est pas blessé, le génial batave est passé au travers de presque tous les matches cruciaux qu’il ait eu à disputer : face à face perdus contre Casillas en finale du Mondial sud-africain, deux penalties déterminants ratés cette saison (en finale de la Ligue des Champions face à Chelsea ou face à Dortmund en Championnat). Les Pays-Bas, qui traînent une réputation de "superbes losers" n’avaient pas besoin de ça.

Pourtant, cette année encore, les Oranjes font partie des favoris. De manière moins nette que les ogres allemands et espagnols, mais tout de même. Certes, Stekelenburg n’est pas une assurance tout risque dans ses buts. Certes, la défense, elle non plus, n’est pas un modèle de muraille infranchissable. Malgré des statistiques flatteuses lors des éliminatoires, avec 7 buts encaissés, elle en a pris 3 contre l’Allemagne et la Hongrie et 2 contre l’Angleterre ou la Suède.

Stekelenburg expulsé face à l'Australie - photo KNVB

Les Pays-Bas ne sont de toute façon pas connus pour être une équipe défensive, mais plutôt pour être le genre de collectif capable de prendre trois buts tout en gagnant avec deux buts d’écart.

La plus grande force de la sélection batave, c’est son arsenal offensif. Et avec lui, sa succession de problèmes de riches : Van Persie (30 buts en Premier League avec Arsenal) ou Huntelaar (29 buts en Bundesliga avec Schalke) en pointe ? Ou peut-être Luuk de Jong et ses 25 buts en Eredivisie avec Twente ? En solution de rechange, on a vu pire.

Derrière, le coach Bert Van Maarwijk dispose de RobbenSneijdervan der VaartAfellay ou même Kuyt pour alimenter l’attaque voire créer la différence sur un exploit individuel. Cette addition de talents offensifs doit toutefois former un tout, et passer outre les rivalités égotiques qui gangrènent la sélection (on pense notamment à Robben et Sneijder).

Enfin, attention à ceux qui voudraient profiter des largesses de l’arrière-garde du probable 4-2-3-1 néerlandais. Peu de chevilles ressortent intactes d’une confrontation avec Nigel de Jong ou Mark van Bommel, les rugueux milieux défensifs bataves. Qu’on se le dise, les Pays-Bas ont une malédiction à vaincre, et ils comptent cette fois (encore) s’en donner les moyens.

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