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Groupe Hersant Média: pourquoi Bernard Tapie fait-il peur?

Propriétaire des quotidiens régionaux La Provence, Nice-Matin, Var-Matin et Corse-Matin, et de quotidiens d’outre-mer aux Antilles, le Groupe Hersant Média (GHM) est étranglé par une dette de 217 millions d’euros. Si Bernard Tapie était au départ intéressé par la reprise en main du groupe, le scénario ne s'est pas déroulé comme prévu. Une impression de déjà-vu, et la confirmation que Bernard Tapie n'a pas fini de déranger.

Bernard Tapie a finalement renoncé à son alliance avec la famille Hersant qui visait à refinancer des journaux du groupe, dont La Provence. Il semble bien que cette opération ait été perçue d'un mauvais œil par la classe politique à Marseille, et au-delà. Niant nourrir de nouvelles ambitions politiques, notamment sur la mairie de Marseille pour les municipales de 2014, l’ancien ministre de François Mitterrand et ancien président de l’OM se serait contenté d'affirmer ne pas avoir obtenu l’accord de l’ensemble des banques.

Retour sur les faits : un désaccord des banques

Le directeur général du groupe, Dominique Bernard, explique ce qui s’est réellement passé, dans une interview au Figaro : "Vendredi dernier, nous disposions d'une offre globale, ferme et définitive de 50,5 millions d'euros et financée par la famille Hersant et Bernard Tapie. À midi, nous avions l'accord de 15 des 17 banques du pool représentant plus de 66% des créances", détaille-t-il.

"la demande des banques, jeudi, nous avions même débouclé les couvertures sur les taux d'intérêt et, vendredi matin, à l'initiative de BNP Paribas, nous avons payé les intérêts dus, toute affaire cessante. La signature du protocole était prévue pour 15 heures mais, à 15 h 45, le conciliateur a reçu une offre du groupe Rossel avec un financement de BNP Paribas"

Bernard Tapie ferait-il peur ? Pourquoi sa candidature a-t-elle été bloquée ?

Après le Crédit Lyonnais, la BNP en cause ?

Plusieurs ministres, comme Aurélie Filippetti ou Arnault Montebourg, voyaient d'un mauvais œil l'homme d'affaires prendre le contrôle du groupe, et surtout de La Provence. Le cabinet de Montebourg se serait même activé en coulisses pour que d'autres offres que celle de Tapie arrivent sur le bureau de l'administrateur judiciaire, Stéphane Thévenot. Or pour Bernard Tapie, la BNP, qui est sur une position "Tout Sauf Tapie", est devenue le bras armé du ministre du Redressement productif, puisque c'est elle qui soutient financièrement le groupe belge Rossel, dernier candidat en lice pour le rachat des titres.

"Je m'interroge sur la stratégie de BNP Paribas, chef de file du pool des banques créancières. Les autres banques ont d'ailleurs fait remarquer qu'en finançant le projet de Rossel, elle se mettait dans une position de conflit d'intérêts. Comment peut-elle, d'un côté, refuser une offre ferme et, de l'autre, revenir avec une autre proposition inférieure qu'elle pourrait financer" s’est interrogé à son tour Dominique Bernard, toujours dans le Figaro.

Une seconde jeunesse qui inquiète

Redoutable homme d’affaires, Bernard Tapie n’en finit pas d’intimider ses adversaires. Le "Golden boy" des années yuppies dispose aujourd'hui, semble-t-il, d'une force supplémentaire, comme un Jedi sur le retour... Il a déjà prouvé qu'il pouvait gérer une entreprise, sauver des emplois aussi, mais surtout il dispose de beaucoup plus d'argent qu'avant.

Avec les 285 millions d'euros que lui avait accordés en 2009 le tribunal arbitral statuant sur un contentieux qui l'opposait au Crédit Lyonnais sur la vente litigieuse d'Adidas par la banque en 1993, sa fortune est colossale et il chercherait à nouveau à s’investir dans un projet d’entreprise.

Et puis, il y a son amour éternel : le football... Et si Bernard Tapie revenait à la tête de l'OM ? Les années Tapie marquent le retour au sommet des Olympiens, à partir de 1986 quand Gaston Defferre l'appelle pour voler au secours du club. Huit années où l'OM a dominé le football français et quatre années le football européen.

On ne prête qu'aux riches...

S’il a maintes et maintes fois affirmé qu’il n’ambitionnait pas de redevenir en politique, ni à l’occasion des municipales de 2014, ni en toute autre occasion, nombreux sont ceux qui pensent que Bernard Tapie s'imagine toujours en maire de Marseille. Un tel scénario serait la réalisation d'un rêve - un vieux rêve - mais aussi peut-être une revanche sur tous ceux qui, trop tôt, ont voulu l'enterrer.  

L'homme sait parler et parler fort... Ainsi, le 21 novembre, il qualifiait encore l’hypothèse de "triple connerie", au micro de France Bleu. "Si M. Tapie avait l’intention d’être candidat à la mairie, il me trouverait sur sa route", avait alors annoncé le député Patrick Mennucci, candidat à la primaire que prévoient d'organiser les socialistes pour désigner leur candidat à la succession de Jean-Claude Gaudin.

Bernard Tapie voulait-il reprendre le Groupe Hersant en vue de s'appuyer sur ses titres dans la bataille des municipales ? Sert-il ses propres ambitions ou celles d'un ami ? Robert Assante, un des chefs de file locaux de l'Union des démocrates et indépendants (UDI), en semble convaincu : "em>Je n'arrive pas à croire qu'un investisseur comme lui mette 50 millions d'euros dans des journaux, alors que tout le monde sait que cela ne rapporte plus rien… Il a forcément une arrière-pensée politique. Pour lui ou quelqu'un d'autre. Pour Marseille, ou la présidentielle de 2017"

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