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Tribune

Yusof Basiron

Yusof Basiron

Président du Conseil malaisien de l'huile de palme

Le Gouvernement Français doit empêcher la taxe discriminatoire contre l’huile de palme

La taxe discriminatoire sur l’huile de palme, à l’étude cette semaine à l’Assemblée nationale, est à la fois une une erreur, et une faute.

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Les parlementaires, à commencer par les Sénateurs en première lecture, ont avancé essentiellement 2 arguments : l’un économique et l’autre environnemental. Les deux sont fondamentalement erronés.

Tout d’abord, il s’agit d’une faute économique. Geneviève Gaillard, rapporteure du projet de loi Biodiversité à l’Assemblée nationale, prétend que cette taxe de 90 euros permettra de mettre au même niveau toutes les taxes sur les huiles végétales en France, où l’huile de palme serait sous-taxée.  C’est tout simplement faux.

Comme le disait Mark Twain "il y a les mensonges, les gros mensonges, et les statistiques". Les statistiques utilisées par Mme Gaillard et ses collègues sont basées sur des valeurs en pourcentage. Tout économiste sait que ce n’est pas ainsi que l’on compare des statistiques : On doit les comparer en valeur absolue. En d’autres mots : le pourcentage de taxe, rapporté au prix du bien.

Quand on analyse correctement, les arguments de Mme Gaillard s’effondrent. L’huile de palme est actuellement taxée à 21,67%. C’est plus que l’huile de colza (11,69), l’huile de tournesol (15,79%) et bien plus que l’huile d’olive (4,9%).

Ces données proviennent de l’étude que le MPOC a commandée, conduite par le professeur français Pierre Garello. Le résultat est sans appel : prétendre que l’huile de palme est sous-taxée est absolument faux.

Ensuite, l’argument environnemental : Les sénateurs Ecologistes prétendent que l’huile de palme encourage la déforestation, notamment en Malaisie. Je tiens à leur rappeler que : la Malaisie a 60% de son territoire composé de forêts protégées, selon le rapport de l’ONU sur l’évaluation des ressources forestières mondiales.

Le Gouvernement s’est engagé à protéger à vie un minimum de 50% de terres forestières. C’est un engagement courageux, inégalé dans le monde, notamment en France où la couverture forestière n’est que de 29%. La Malaisie est reconnue comme un leader mondial de la protection forestière pour cette raison. Malgré ces chiffres, les parlementaires Français osent faire la leçon à la Malaisie.

La Malaisie est un pays en voie de développement, et à ce titre, a le droit de se développer sans se voir freiné par ce type de taxes discriminatoires sur ses exportations. La Malaisie est engagée dans une politique équilibrée, entre le fait de consacrer des terres à l’agriculture, dont la culture de palmiers à huile, et la protection de ses forêts.

La désinformation ne manque pas autour de l’huile de palme. Cependant, tenons-nous en aux faits. Les palmiers à huile ne comptent que pour 0,03% des terres agricoles mondiales. Le palmier à huile est la culture avec le plus haut rendement de toutes les cultures oléagineuses. Cela signifie qu’ils consomment moins de terre agricole par tonne produite en comparaison de l’ensemble de ses concurrents (colza, olives, tournesols…).

Cela signifie que davantage de terres peuvent être protégées au bénéfice d’autres usages. Si la France décidait par exemple de remplacer ses cultures de colza par des palmiers à huile, ¾ des terres actuellement consacrées au colza seraient économisées, pour un rendement identique.

Certains peuvent penser que la proposition de l’Assemblée nationale d’une taxation additionnelle de 90 euros est un bon compromis, par rapport aux 300 euros proposés par le Sénat. Ce n’est qu’une vue de l’esprit.

Ces 90 euros conduisent à une une taxation de l’huile de palme de 40% supérieure aux autres huiles. C’est discriminatoire.

Enfin, les parlementaires ont proposé qu’une taxe différentielle soit appliquée : Si l’huile de palme est étiquetée "durable", elle pourrait être exemptée de la taxe. C’est là encore inacceptable, et impossible à mettre en œuvre. Aucune définition claire n’est donnée de cette appellation "durable". Et une telle discrimination pénaliserait directement plus de 300 000 cultivateurs malaisiens de palmiers à huile, qui n’ont pas les moyens de se mettre aux normes de ces standards occidentaux aux contours flous.

Vous l’aurez compris, la taxe en projet n’est justifiée par aucun des arguments avancés par les parlementaires qui la portent.

Nous sommes par ailleurs convaincus que cette taxe est contraire aux engagements de la France à l’OMC. Une attaque contre un tel secteur économique de la Malaisie aura sans aucun doute des conséquences à l’OMC.

La taxe est également une attaque contre les règles du marché unique européen. En 2013, alors qu’une telle taxe était déjà en projet, la Commission européenne a annoncé qu’elle aurait des conséquences durables sur les négociations commerciales en cours entre l’UE et la Malaisie, et n’a pas manqué de le dire au Gouvernement Français.

La Malaisie est un pays ami de la France, et nous sommes particulièrement blessés de voir ce projet injuste discuté au Parlement Français. En 2013, alors qu’il était Premier Ministre, Jean-Marc Ayrault avait promis au cours de son voyage en Malaisie que la France ne taxerait pas davantage l’huile de palme. Cette promesse, le Gouvernement malaisien et le secteur de l’huile de palme ne l’ont pas oubliée. Et nous espérons que Jean-Marc Ayrault, désormais ministre des Affaires étrangères fera tout pour la tenir.

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