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Boké : symbole du comportement chinois en Guinée

L’arrivée des sociétés minières dans leur région devait être synonyme de développement économique et social sans précédent. Malheureusement, la réalité est tout autre : dégradations environnementales, pollution, chômage, hausse des prix… Une situation que les habitants de Boké ne supportent plus : fin avril, ces derniers ont donc décidé de manifester leur mécontentement et ont notamment pointé du doigt les sociétés minières chinoises, China Hongqiao Group, sa filiale Shandong Weiqiao et Winning Shipping, responsables de l’exploitation des mines de bauxite à Boké.

Les 25 et 26 avril derniers, les habitants de Boké ont exprimé leur ras-le-bol : pneus brûlés, affrontement avec les forces de l’ordre, mise en place de barricades, etc. Le décès d’un conducteur de moto-taxi percuté par un camion de transport de bauxite a été l’étincelle qui a poussé les habitants à descendre dans la rue : ces derniers ont manifesté leur colère face à la dégradation des conditions de vie à laquelle ils sont confrontés depuis l’arrivée des sociétés minières. En effet, épicentre de l’exploitation de la bauxite en Guinée, Boké n’en est pas moins une ville dévastée par la pauvreté et la pollution.

"Depuis 40 ans, toute la richesse de Boké avait servi à nourrir les Guinéens. Aujourd’hui, cette région est en manque : d’eau, d’électricité. Les gens sont au chômage. Plus de 200 camions traversent quotidiennement la région en laissant derrière eux une poussière toxique qui se loge directement dans les poumons des habitants. Tout ceci est anormal", se désespère Kalémoudou Yansané, vice-président de l’Union des forces démocratiques de Guinée (UFDG).

Les Chinois se ruent vers la Guinée

La richesse des sous-sols guinéens ne cesse d’attirer les investisseurs, et particulièrement les Chinois. Prise de court par l’embargo de l’Indonésie et la Malaisie sur leurs exportations de bauxite, la Chine a en effet décidé de jeter son dévolu sur la Guinée. China Hongqiao Group, le plus grand producteur d’aluminium chinois, a ainsi signé en mars 2015 un accord avec le gouvernement guinéen pour sécuriser son approvisionnement de bauxite. À travers sa filiale Shandong Weiqiao, le groupe pilote désormais la Société minière de Boké (SMB) — en charge de l’exploitation des mines de la région de Boké — et dont fait également partie le plus grand transporteur maritime chinois, Winning Shipping.

Et en janvier dernier, l’autre géant de l’aluminium chinois, Chinalco, a également signé un accord avec la Société guinéenne du patrimoine minier (Soguipami) dans le but d’exploiter deux blocs de la bauxite de la ville de Boffa. Les Chinois se sont ainsi engagés à produire dans un premier temps 12 millions de tonnes de bauxite, puis 40 millions avant de produire 4 millions de tonnes d’aluminium après cinq ans d’exploitation.

Mais, comme l’explique le Dr Abdoulaye Wotem Somparé, sociologue du travail et spécialiste du secteur minier guinéen, l’implantation de ces sociétés chinoises n’a pas été précédée d’études d’impact sérieuses "permettant de prendre en compte, par exemple, les problèmes fonciers et la paupérisation des populations autochtones, qui se sentent de plus en plus dépossédées de leur terre".

La Guinée, simple fournisseur de matières premières pour les Chinois

Résultat : la production de bauxite n’entraîne pas le développement de l’économie locale, et les populations se retrouvent de plus en plus exposées à des accidents ainsi qu’à la pollution qu’engendre cette activité. Par ailleurs, les sociétés chinoises préfèrent faire venir des ouvriers de l’extérieur plutôt que de faire appel à de la main-d’œuvre locale, une situation que les populations autochtones vivent comme une profonde injustice, d’autant plus que l’arrivée massive d’ouvriers entraîne de facto l’augmentation du coût des produits alimentaires et fait monter les prix fonciers.

Ainsi, depuis l’arrivée des compagnies minières chinoises, les habitants de Boké ont la fâcheuse impression "d’être envahis et pillés par les étrangers", constate le Dr Abdoulaye Wotem Somparé. Et pour cause : ces derniers doivent se contenter de petits boulots sous-qualifiés, peu rémunérés et sans contrat de travail.

Malheureusement, la situation de la ville de Boké n’est que le reflet de la politique chinoise dans le pays : les sociétés de l’Empire du Milieu ne considèrent pas la Guinée comme un partenaire, mais comme un simple fournisseur de matières premières. Le président guinéen, Alpha Condé, déclarait récemment que son pays ne devait pas être qu’un simple fournisseur de bauxite, et que les Chinois devaient "construire des usines d’extraction d’alumine (composé chimique présent dans la bauxite et indispensable à la fabrication de l’aluminium) en Guinée". En effet, la présence chinoise dans le pays d’Afrique de l’Ouest se résume à l’extraction de bauxite. Or, construire des usines d’extraction d’alumine serait générateur d’emploi pour les Guinéens et porteur pour l’économie du pays.

Mais malgré les déclarations du président guinéen, les Chinois ne se montrent pas particulièrement favorables à un quelconque changement. Ainsi, si Alpha Condé souhaite rétablir un semblant de justice dans son pays, il n’aura d’autre choix que de hausser le ton face à son "partenaire" chinois…

 

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