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La Chine et la Russie vont créer une agence de notation commune

Entretien avec Philippe Waechter, directeur des études économiques chez Natixis Asset Management.

Le ministre russe des Finances a annoncé la conclusion d'un accord sur la création d'une agence de notation financière sino-russe. Depuis plusieurs mois, Moscou ne cache pas son insatisfaction face aux décisions prises à son égard par les trois grandes agences internationales - Standard and Poor's, Moody's et Fitch - qui dominent le marché de la notation de crédit.



Moscou a, ces derniers mois, joué le rapprochement économique avec Pékin (Photo: Shutterstock.com)

"Dans un premier temps, l'agence évaluera les projets d'investissement russo-chinois, avec pour objectif d'attirer un certain nombre de pays asiatiques et, progressivement, en s'appuyant sur ses progrès et sa réputation, nous pensons qu'elle pourra atteindre un stade à partir duquel ses opinions attireront d'autres pays", a déclaré le ministre russe des Finances. Aucune précision n'a été donnée sur le calendrier de lancement de la nouvelle agence.

JOL Press : Comment interpréter l'annonce de la création d'une agence de notation financière sino-russe ? 
 

Philippe Waechter : Les trois principales agences de notation internationales sont américaines (Standard and Poor's, Moody's) ou franco-américaine (Fitch). La Chine et la Russie veulent trouver une alternative aux grandes agences occidentales. "Nous aimerions que les notes (attribuées par cette agence) soient apolitiques", a ainsi déclaré le ministre russe des Finances. 

JOL Press : Les agences attribuent-elles leurs notes en fonction de motifs politiques ?
 

Philippe Waechter : On peut toujours donner une dimension politique aux décisions prises par les agences de notation. D'après moi, Pékin et Moscou cherchent simplement à renforcer leur autonomie financière. On imagine difficilement un monde où il n'y aurait que des voitures américaines par exemple. Les autres pays veulent leur part du marché. C'est la même logique dans le cas présent : pourquoi dépendre de critères déterminés ailleurs ?

Il y a actuellement des tensions assez fortes entre la Russie et les Etats-Unis du fait de la crise ukrainienne. Les agences en tiennent-elles compte ? Créer une nouvelle agence est une façon de répondre à ces problématiques géopolitiques.

JOL Press : Fin avril, S&P a abaissé la note de la Russie. L'annonce de la création d'une agence sino-russe est-elle opportuniste ? 
 

Philippe Waechter : Je ne crois pas, non. Le développement de ces deux pays va modifier sensiblement l'équilibre financier du monde. Les règles que vont adopter la Chine et la Russie seront-elles les mêmes que celles adoptées ailleurs ? S'agissant de la régulation bancaire par exemple, il existe des écarts significatifs entre les Etats-Unis et l'Europe. 

JOL Press : Cette agence de notation sino-russe vous semble-t-elle viable ? 
 

Philippe Waechter : Le projet est tout à fait crédible. Il faut voir quels seront les moyens donnés à cette agence, mais on ne peut pas considérer cette annonce comme un simple coup de pub. Les pays émergents, la Chine en tête, se développent à un rythme soutenu. Il est normal qu'ils souhaitent avoir leurs propres institutions.

On peut davantage s'interroger sur la viabilité d'un accord sino-russe. La création en commun d'une agence de notation est un signe du resserrement en cours des relations commerciales entre les deux pays. Toutefois, Pékin et Moscou ont parfois des positions antagonistes.

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