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Afrique

Djibouti débouté dans ses poursuites contre DP World

La justice britannique a tranché dans le conflit autour de l'attribution de la concession du Doraleh Container Terminal dans le port de Djibouti. L’affaire opposait le gouvernement djiboutien contre l'opérateur portuaire émirati DP World, qui en sort pleinement exonéré.

Dans une affaire à rallonges, Djibouti poursuivait DP World, une société holding venant des Émirats arabes unis (EAU), devant la London Court of International Arbitration, l’accusant d’avoir versé des pots-de-vin pour l’obtention d’une concession de 50 ans du terminal portuaire djiboutien – le Doraleh Container Terminal (DCT). La Cour internationale d’arbitrage de Londres (LCIA) a exonéré la société de toutes les poursuites le 21 février dernier. Ce jugement met fin à une histoire qui empoisonne depuis près de dix ans la relation entre Djibouti et les EAU. DP World a salué cette décision de la Cour internationale d’arbitrage, de même que le gouvernement de Dubaï, qui parle d’"une victoire totale", sans pour autant nommer les gagnants et les perdants.

Une affaire politique

Derrière cette procédure, l’attaque visait apparemment Abdourahman Boreh aujourd’hui en procès contre l’Etat. Ce dernier a été l’initiateur de ce partenariat avec DP World. Contraint à l’exil en 2008, du fait de pressions politiques, il vit justement à Dubaï, d’où il gère son business. A Djibouti, il fait l’objet de poursuites multiples, que le tribunal de commerce de Queen’s Bench, à Londres, a qualifié de "vendetta personnelle". "M Boreh n’a à aucun moment fait défaut à se devoir de probité envers Djibouti" a souligné la Cour, reprise par le Financial Times.

Guelleh, de son côté, multiplie les accusations graves contre l’homme d’affaires – le poursuivant même pour terrorisme en 2009, avant que ces charges soient écartées par la justice, considérées comme farfelues. Entre son refus de se présenter devant le juge pour présenter des preuves appuyant ses attaques contre Boreh et la justice britannique l’accusant directement d’avoir créé de fausses preuves, son comportement fait tâche. En mai 2016, la juridiction britannique avait été jusqu’à accuser le gouvernement djiboutien de mené une politique judiciaire "cynique" et "répréhensible". Aussi, le dénouement de cette dernière affaire n’est pas une grande surprise.

Des procès qui coûtent cher

DP World envisagerait aujourd’hui de réclamer une indemnisation pour compenser ses pertes de revenus dans l'opération du DCT. Ils estiment le préjudice à plusieurs centaines de millions de dollars. A cela il faut ajouter les 65 millions $ de frais judiciaires déboursés par le gouvernement de Djibouti, les 18 millions de frais de la partie inverse qu’il a été condamné à payer et 1,5 millions de pénalités arbitrales. La facture commence à être conséquente pour Djibouti et Ismaïl Omar Guelleh paie au prix fort ses accusations. "J’espère vraiment qu’après avoir tenté de me détruire et de ruiner ma réputation à l’international, le gouvernement djiboutien arrête cette vendetta motivée par des raisons politiques", explique Boreh dans une interview reprise par le Monde.

"Ces près de 100 millions de dollars [de frais de procédures judiciaires engagées par l’Etat] auraient pu servir à améliorer les conditions de vie des pauvres à Djibouti plutôt qu’à nourrir de fausses accusations contre moi et DP World", poursuit-il. Selon lui, IOG n’a plus les intérêts du pays en mire depuis longtemps. "Le chef de l’État a perdu sa vision économique et politique au profit de ses intérêts personnels. Il pense s’en sortir en vendant le pays aux Chinois", explique Boreh. La Chine est en effet devenue un investisseur incontournable pour Djibouti – prenant notamment le relai lorsque les financements européens se sont taris du fait des écarts de son président.

La Chine, nouvelle influence majeure à Djibouti

Depuis le tournant autoritaire d’IOG, "des groupes comme Total, Exxon Mobil, Shell, BNP et Crédit Agricole ont fermé, vendu ou réduit fortement leurs activités. Les grandes sociétés d’assurances ont quitté le pays. Seul DP World, lié par un contrat de concession, reste" dénonçait Abdourahman Boreh. "Personne n’investit en raison de la mauvaise gouvernance et de l’ingérence du pouvoir" Une tendance qui s’est renforcée avec l’infiltration sans précédent de Pékin dans l’économie djiboutienne. Ainsi, des entreprises chinoises ont acquis des intérêts considérables dans le port de Djibouti – notamment le terminal conteneur DCT.

Dans ce contexte, il n’est pas surprenant que les alliés historiques de Djibouti commencent à lui tourner le dos. Les Etats-Unis en tête, compte tenu du bras de fer que le pays de l’oncle Sam mène avec la Chine. L’implantation d’une base militaire chinoise à Djibouti a en effet été très mal accueillie par ces derniers. Et avec la récente élection de Donald Trump, il y a fort à parier que ce désengagement s’accélère. La Maison Blanche aurait d’ores et déjà commencé la construction d’une importante base aérienne au Niger et a entamé des négociations afin de faire de même au Sénégal.  Djibouti perdrait ainsi d’importants investissements dans un moment particulièrement délicat : la dette atteint 86 % du PNB et le chômage touche 65 % de la population active, et continue de croître.

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