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20 JOURNALISTES ACCUSÉS

Al-Jazeera sur le banc des accusés de la justice égyptienne

La chaîne Al-Jazeera est accusée par les autorités égyptiennes de collaborer avec les Frères musulmans, une organisation récemment qualifiée de « terroriste » par la justice. Vingt journalistes travaillant pour la chaîne seront bientôt appelés à comparaître devant la justice.

Les nouvelles autorités n’ont pas apprécié la façon dont Al-Jazeera a couvert la révolution, l’accusant de prendre parti pour les Frères musulmans. (Crédit : Shutterstock)

Vingt journalistes travaillant en Egypte pour la chaîne qatarie Al-Jazeera devront bientôt comparaître devant la justice égyptienne. Parmi eux, seize reporters égyptiens et quatre étrangers, tous accusés d’avoir propagé de "fausses nouvelles" durant ces derniers mois de crise en Egypte, et depuis que l’armée a défait le président Mohamed Morsi, le 3 juillet dernier.

Accusés de collaboration avec une organisation terroriste

Les seize reporters égyptiens sont accusés, selon le communiqué du ministère public, d’appartenir à une "organisation terroriste" et d’avoir "porté atteinte à l’unité nationale et la paix sociale". Les quatre étrangers, deux Britanniques, un Australien et un Néerlandais, sont quant à eux accusés de "collaboration avec (ces) Egyptiens en leur fournissant de l’argent, des équipements, des informations [...] et d’avoir diffusé de fausses nouvelles visant à informer le monde extérieur sur le pays était en guerre civile".

Selon les autorités égyptiennes, ces journalistes ont fait preuve d’une grande partialité durant les récents événements qui ont fait l’actualité. En effet, depuis le mois de juillet, les Frères musulmans, partisans du président déchu Mohamed Morsi, ont été la cible d’une violente répression menée par l’armée. Cette répression a déjà fait de nombreux morts.

Par l’intermédiaire de ces journalistes, c’est la chaîne qatarie Al-Jazeera qui est directement accusée de prendre fait et cause pour la confrérie islamiste qui, depuis décembre dernier, est devenue une "organisation terroriste" à la suite d’une décision de la justice égyptienne.

Des accusations infondées pour le Qatar

Dans un communiqué publié à la suite de cette annonce, la chaîne Al-Jazeera a immédiatement démenti ces accusations de partialité. "Le monde entier sait que les accusations portées contre nos journalistes sont infondées", a déclaré la chaîne.

"Ce sont des accusations idiotes qui ne sont basées sur aucune réalité. Ceci est un affront à la liberté d’expression, au droit des journalistes de rapporter différents aspects des événements et au droit de la population de savoir ce qui se passe", a ajouté la chaîne, tout en précisant que ses employés égyptiens n’avaient pas officiellement et personnellement été informés de la tenue de leur procès.

Les Etats-Unis s’alarment du dédain des autorités pour la liberté d’expression

Depuis le début de la révolution égyptienne, en janvier 2011, la liberté d’expression et la liberté de la presse dans ce pays ont alerté de nombreuses ONG et pays de la communauté internationale.

"Le fait que le gouvernement cible des journalistes et d’autres sur des arguments fallacieux est non seulement une erreur, mais fait montre aussi d’un dédain monstrueux pour la protection des droits fondamentaux et des libertés", ont ainsi réagi les Etats-Unis par la voix de la porte-parole du département d’Etat, Jennifer Psaki. "Nous nous alarmons d’informations faisant état aujourd’hui de nouvelles poursuites contre des journalistes, dont ceux d’Al-Jazeera", a encore déclaré la porte-parole.

Reporters sans frontières condamne

L’ONG Reporters sans frontières, qui classe l’Egypte dans la catégorie "situation difficile" en termes de liberté de la presse depuis le début de la révolution, s’est également alarmée de cette nouvelle.

"Reporters sans frontières est abasourdie par l’annonce faite par le ministère public égyptien, [...]  selon laquelle vingt journalistes d’Al-Jazeera, accusés d’avoir porté ‘atteinte à l’unité nationale et à la paix sociale’, vont être jugés pour ‘diffusion de fausses informations’", a ainsi déclaré l’ONG dans un communiqué. "L’organisation condamne vivement cette décision et réclame l’abandon de l’ensemble des poursuites contre ces professionnels des médias et la libération immédiate et inconditionnelle de ceux actuellement détenus".

"Le harcèlement à l’encontre d’Al-Jazeera et de ses journalistes doit cesser", a encore demandé Reporters sans frontières, estimant que cet acharnement "ne fait que renforcer le clivage au sein de la société égyptienne, de plus en plus polarisée, et décrédibiliser davantage encore les autorités égyptiennes auprès de l’opinion publique internationale".

Une arme au service du Qatar

Depuis le début des révolutions arabes, la chaîne qatarie est largement accusée d’être une arme au service de son gouvernement pour défendre les intérêts de cette pétromonarchie très proche des Frères musulmans.

C’est notamment en Syrie que ce combat s’est montré le plus ardent. La chaîne a alors été accusée de partialité en faveur de l’opposition syrienne et au détriment du régime de Bachar al-Assad. De nombreuses polémiques avaient éclaté, entre trucages de vidéos et nomination de personnalités proches de l’opposition à certains postes clés.

Pour de nombreux spécialistes de la question, la chaîne panarabe est un véritable acteur politique aux mains du Qatar et au Moyen-Orient, qui travaille en faveur d’enjeux géopolitiques bien plus grands que les simples révolte égyptienne ou guerre syrienne.

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