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SYRIE

Pendant que l'EI terrorise le monde, que devient Bachar al-Assad?

Les médias du monde entier suivent la progression des djihadistes de l’Etat islamique (EI) au Moyen-Orient. Mais que devient pendant ce temps le dirigeant syrien ?

Bachar al-Assad doit se frotter les mains à voir la progression des islamistes focaliser l’attention des Américains et de leurs alliés. (Crédit : Shutterstock)
 

Les médias du monde entier suivent, jour après jour - heure après heure -, la progression des djihadistes de l’Etat islamique (EI) au Moyen-Orient.

Emmenés par leur chef Al-Baghdadi, ces derniers ont proclamé fin juin un "califat" à cheval entre l’Irak et la Syrie ; et ne cessent, depuis, de grignoter du terrain. La première semaine d’octobre a-t-elle ainsi vu leur entrée dans Kobané, troisième ville kurde de Syrie, située à moins d’une dizaine de kilomètres de la Turquie.

A l’heure qu’il est, les combats entre les islamistes et les combattants kurdes, appuyés par les frappes aériennes de la coalition occidentalo-arabe conduite par les Etats-Unis, s’y poursuivent.

Cette percée de l’EI ammène les médias à soulever plusieurs questions.

Le président syrien est et reste un interlocuteur non fiable
 

Parmi lesquelles, en premier lieu, la stratégie du groupe islamiste. Ce dernier n’a-il pas piégé les Américains et leurs alliés, en les "obligeant" à réintervenir militairement en Irak ? Sa conquête territoriale foudroyante, accompagnée d’actes barbares mises en scène sur les réseaux sociaux (rapts, viols, décapitations, etc), ne contribue-t-elle pas, au sein de la mouvance djihadiste, à une dangereuse surenchère ?

Par ailleurs, les chances de réussite bien minces de la coalition internationale, tant que celle-ci se cantonnera à des raids aériens, et que l’Iran, principal allié du régime syrien, n’y apportera pas sa contribution.

Enfin, la position attentiste, voire ambigüe, d’Ankara, qui tergiverse à apporter son aide aux Kurdes syriens de Kobané, de peur, ce faisant, de renforcer l’audience du PKK, indépendantistes kurdes de Turquie, avec qui Ankara est en conflit depuis trente ans.

Dans ce déluge de questions que soulève l’avancée de l’EI, aux JT, sur les ondes, dans les colonnes des journaux, un grand absent semble-t-il : Bachar al-Assad.

Que devient le président syrien, lequel doit en ce moment se frotter les mains à voir la progression des islamistes focaliser l’attention des Américains et de leurs alliés ?

Bachar al-Assad, dans la brutale répression qu’il mène depuis quatre ans contre la rébellion, a toujours pris soin de ne pas frapper l’EI, afin de pouvoir brandir sous le nez des Occidentaux la menace islamiste, prétendumment plus grande que celle qu’il représente lui-même. Entre "deux maux", la coalition internationale a choisi...

Or, le président syrien est et reste un interlocuteur non fiable.

Largage de bonbonnes de chlore 
 

Damas vient ainsi de révéler l'existence de trois sites qu'il n'avait jamais mentionnés jusqu'à présent à l'Organisation pour l'interdiction des armes chimiques (OIAC), comme l'a annoncé ce mardi 7 octobre le Sécrétaire général des Nations unies. Ces trois installations sont un laboratoire de recherche sur la ricine, un poison ultra-toxique, une usine de fabrication de ricine, et un équipement de recherche et développement sur les armes chimiques.

Le président syrien avait pourtant accepté, en 2013, que l'OIAC supervise la destruction des 1300 tonnes d'armes chimiques déclarées, afin d’éviter une intervention militaire américaine, après que Damas a été accusé d’avoir utilisé du gaz sarin dans une attaque ayant fait 1 400 morts l’été 2013. Bachar al-Assad dissimule-t-il d’autres stocks d’armes ? 

Le régime syrien aurait par ailleurs également violé l'accord international sur l'élimination de son arsenal chimique en larguant des barils contenant des bonbonnes de chlore par hélicoptère sur des populations civiles et des rebelles, comme l’en a accusé le secrétaire d'Etat américain John Kerry, le 18 septembre.

Le chlore ? Un gaz dit suffocant, qui inflige des lésions respiratoires sévères voire mortelles, notamment chez les enfants.

"Dans cette campagne, il ne s'agit pas d'aider le président syrien Bachar el-Assad", a indiqué John Kerry ce 27 septembre. Officiellement, la stratégie de la Maison Blanche consiste à entraîner et équiper les rebelles syriens modérés, qui luttent à la fois contre l'EI et Bachar al-Assad.

 

Par Coralie Muller

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