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EMPREINTE CARBONE

Et s'il fallait limiter les naissances pour préserver le climat?

Les liens entre changement climatique et croissance de la population ne semblent, à première vue, pas évidents. Mais pour John Seager, président de l’association américaine « Population Connection », la clé de la baisse des émissions de CO2 dans le monde serait à chercher dans la planification familiale des pays en voie de développement. Il propose de limiter la croissance de la population mondiale afin de réduire l’empreinte carbone.

Alors que les pays comme le Tchad s'industrialisent, les familles nombreuses produisent des émissions de carbone considérables. L'aide extérieure à travers l'éducation et le contrôle des naissances permettrait de faire une énorme différence en aidant ces pays à réduire la taille de la famille et de l'empreinte carbone éventuelle. © EU Humanitarian Aid and Civil Protection / flickr-cc

Alors que les habitants de la côte Est des États-Unis peinent à se relever de l’ouragan Sandy, de sérieuses discussions ont eu cours pour construire des barrages géants afin de protéger des parties de New York dans le cas où un tel événement se reproduirait.

Ces barrages géants pourraient faire partie d’une solution à long terme, mais nous avons besoin de trouver d’autres solutions qui portent sur les conséquences imminentes du changement climatique, et reconnaître que le planning familial en fait partie.

Toutes les six semaines, la population mondiale augmente de l’équivalent de la population du New Jersey

Tout comme les menaces liées au climat ne cessent de grandir, la population mondiale aussi. Selon l’Administration océanique et atmosphérique nationale, l’année dernière, les États-Unis ont connu un record de quatorze événements météorologiques, chacun coûtant au moins un milliard de dollars de dégâts. Et chaque année, plus de 80 millions de personnes rejoignent la grande famille de l’humanité. C’est comme si l’on rajoutait à la planète un État de la taille du New Jersey toutes les six semaines…

La croissance exponentielle de la population et les rejets d’énergie fossile sont deux caractéristiques dominantes de notre ère moderne. Depuis 1800, la population mondiale a été multipliée par sept, alors que les émissions de CO2 ont augmenté de 150 fois par habitant. Conjuguez les deux ensemble, et vous obtenez une augmentation d’émissions de CO2 de 1 100 fois.

Cela a pris deux cents ans d’émissions de gaz carbonique pour créer notre crise climatique actuelle. Sauf avancées technologiques miraculeuses, il va falloir des siècles pour remettre les choses dans le droit chemin.

Les émissions de CO2 sont nettement moins élevées dans les pays en voie de développement

À première vue, il est difficile de voir comment l’augmentation de la population dans les pays en voie de développement est liée au changement climatique. Après tout, les personnes qui vivent dans les zones où les émissions de gaz carbonique sont les plus basses sont en général celles qui ont les familles les plus nombreuses.

Les habitants du Tchad, en Afrique, ont en moyenne six enfants, et leurs émissions de CO2 par habitant s’élèvent à moins de 1% de celles de l’Américain moyen. Ce serait injuste d’imputer la responsabilité du changement climatique aux personnes qui vivent dans les pays moins développés, qui cherchent souvent le confort que nombre d'entre nous tient pour acquis.

Même si l'on réduisait notre empreinte carbone, les taux de croissance démographique annuleraient les effets positifs engendrés

Mais nous ne pouvons pas échapper à ce fait : une étude de la London School of Economics publiée en 2005, conclut que, si chacun de ceux qui vivent dans un pays très développé réduisait son empreinte carbone de 40% sur 40 ans, tout cela serait annulé par nos seuls taux actuels de croissance démographique. Et cela ne prend même pas en compte le fait que les émissions augmenteraient de manière dramatique si des milliards de personnes étaient capables de se sortir de la pauvreté.

En 2011, les émissions de dioxyde de carbone dans le monde ont atteint un nouveau record, avec un total de 34 milliards de tonnes rejetées dans l'atmosphère. © glasseyesview / flickr-cc

Quelle sorte de futur sommes-nous en train de dessiner pour les habitants les plus pauvres de la planète, dans des régions où la plupart des gens vivent avec moins de deux dollars par jour, et où les habitants manquent cruellement d’accès à l’eau potable et aux soins sanitaires de base ? Beaucoup de personnes pauvres en Afrique et ailleurs aimeraient avoir – comme beaucoup d’autres l’ont dans les pays développés – l’air conditionné. Et des voitures. Et des billets d’avions pour se rendre sur d’autres continents. Mais tout ce luxe augmentera les émissions de CO2 par habitant.

Réduire les émissions de CO2 et le taux de croissance humaine

Plutôt que d’assumer la pauvreté à long-terme pour des milliards de nos frères humains, nous devons réduire nos propres émissions de carbone alors même que les émissions des personnes les plus pauvres augmentent à un niveau qui leur offre une qualité de vie décente.

Pour s’assurer que la réduction des émissions de CO2 dans les pays développés ne soit pas annulée par leur augmentation dans les pays en voie de développement, nous devons ralentir le taux de croissance de notre famille humaine.

Les femmes des pays en voie de développement n’ont souvent pas les moyens de contrôler leurs grossesses

Aujourd’hui, plus de 222 millions de femmes dans les pays en voie de développement aimeraient limiter leur nombre d’enfants, mais elles en sont encore incapables à cause d’un bon nombre d’obstacles. Le manque d’information sur la contraception moderne et le coût sont les principaux facteurs. Mais les barrières les plus sérieuses sont souvent plus subtiles et complexes. Elles incluent la désinformation à propos des effets corollaires des méthodes de contrôle des naissances, y compris la fausse notion qu’elles colportent de la stérilité.

Dans beaucoup de sociétés, les femmes – surtout les jeunes épouses – n’ont aucun pouvoir sur leur propre vie. Leurs maris, les religieux et même leurs belles-mères occupent la position d’autorité. L’échec à procréer peut avoir des conséquences violentes pour les femmes, et certaines d’entre elles sont à peine adolescentes.

Une jeune mère de 18 ans (à droite), se tient à côté de sa mère qui porte ses jumeaux. © UK Department for International Development / flickr-cc

Le contrôle des naissances, clé de la lutte contre le changement climatique ?

Si les États-Unis décidaient d’investir un dollar de plus par Américain par an dans des campagnes de prévention et d’éducation, nous pourrions aider à briser ces barrières, en partenariat avec d’autres pays. En plus de notre investissement actuel pour le planning familial international, cela équivaudrait à un milliard de dollars par an.

Relever le défi du changement climatique demandera sûrement des efforts assidus pendant plusieurs générations. Nous avons aussi besoin d’un plan qui aide à sortir de la pauvreté les habitants des pays en développement. La planification familiale pourrait être une partie-clé de ce plan.

GlobalPost / Adaptation : Anaïs Lefébure pour JOL Press

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