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EXTRAITS DE « LE CIEL EST LEUR LIMITE »

Au-delà des fantasmes, l'organisation des fonds souverains du Golfe

Les pays du Golfe sont l'objet de tous les fantasmes et de toutes les convoitises. Ces dernières années, leur formidable montée en puissance a placé au centre de la carte du monde cette région en plein essor. Extraits de « Le ciel est leur limite », de Francois-Aïssa Touazi (Editions du Moment - novembre 2014).

Centre-ville de Doha, au Qatar - shutterstock.com

Les leaders économiques de la péninsule arabique s'imposent partout, en Europe et en Asie, en Amérique du Nord comme en Afrique, et dans de nombreux domaines : de la finance au sport, en passant par l'industrie, l'immobilier, les transports, les nouvelles technologies, les médias... Leurs fonds souverains, dotés d'une capacité financière sans pareille, se sont hissés au rang d'acteurs majeurs du capitalisme mondial.

Aujourd'hui cette région est non seulement pleinement entrée dans l'histoire mais elle compte bien l'écrire à son tour. Ce miracle, elle le doit à ses dirigeants d'entreprises, aux ambitions et aux moyens considérables, à ses puissantes familles, à la tête de conglomérats tentaculaires et à ses nouvelles générations, formées dans les meilleures universités du monde. Ils incarnent le Golfe émergent. Dans cette partie du globe marquée par un environnement géopolitique instable et confrontée à de nombreux défis, un mouvement mûrement réfléchi de diversification économique, amorcé dans les années 1980, s'accélère dans l'optique de réussir l'après-pétrole et faire de la région un des moteurs de l'économie mondiale.

Qui sont ces hommes, et ces femmes aussi, qui, de Riyad à Doha, de Dubaï à Djeddah, en passant par Abu Dhabi et Koweït City, dessinent l'avenir de leur région, parmi les plus bouillonnantes et influentes ?

Extraits de Le ciel est leur limite, de Francois-Aïssa Touazi (Editions du Moment - novembre 2014)

Ces dernières années ont été marquées par des mutations pro- fondes dans l’organisation des fonds souverains du Golfe, avec l’émergence de fonds sectoriels tels qu’Ipic (dans l’énergie), Hassad Food (dans l’agriculture et la sécurité alimentaire), QSI (dans le sport), Qatari Diar (dans l’immobilier), Katara Hospita- lity (dans l’hôtellerie de luxe) ou encore TAQA (dans les centrales électriques et dans l’amont pétrolier).

Par ailleurs, l’investissement dans la formation du personnel local commence à porter ses fruits. Pendant longtemps, même si le top management était surtout composé de locaux, la gestion, elle, était confiée pour l’essentiel à des expatriés. Le passé récent a vu la montée en puissance de toute une génération d’autochtones formés et affûtés, dotés d’une parfaite connaissance des techniques d’investissement. ADIA compterait aujourd’hui le plus grand nombre d’analystes financiers de haut niveau dans tout le Moyen-Orient avec plus de 150 diplômés du CFA (Char- tered Financial Analyst).

Les fonds souverains du Golfe fourmillent aujourd’hui de trentenaires et de "quadras" qui peuvent surprendre par leur jeunesse. Totalement décomplexés par rapport aux expatriés, ils sont devenus au fil du temps de redoutables investisseurs, avisés et dotés d’une véritable vision stratégique à long terme. J’ai eu, en de multiples occasions, le loisir de le vérifier lors de réunions de travail. Leur professionnalisme, qui se confirme au fil des ans, est d’ailleurs unanimement reconnu par les plus grands acteurs mondiaux du capital-investissement et ne laisse pas d’impressionner. Ils apprennent vite, en particulier de leurs erreurs, et ont une réelle capacité de rebond en cas de mauvais investissements[1]. Ils voyagent, en outre, beaucoup et tirent de ces déplacements leur inspiration. Dominique Senequier, présidente d’Ardian, l’un des principaux fonds d’investissement européens, m’a avoué, à l’occasion d’un de nos déplacements dans la région, avoir été frappée par le niveau d’exigence et de compétence professionnelles de nos interlocuteurs, de même que touchée par le respect qui lui avait été accordé en tant que femme.

Conséquence : le recours à des sociétés de gestion externes, pratique qui a longtemps prévalu, est aujourd’hui passé de mode. Les fonds se dotent de leurs propres équipes d’investissement, privilégiant désormais les investissements directs ou les co-investissements. L’entrée dans le capital de sociétés de gestion, telles qu’Appolo ou Carlyle, représente aussi pour eux une opportunité d’acquérir une plus grande expertise et un savoir-faire.

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Co-fondateur du think thank CAPmena et du MENA Economic Forum, ancien conseiller Afrique du Nord-Moyen-Orient au ministère des Affaires étrangères, François-Aïssa Touazi conseille le fonds d'investissement Ardian et un groupe du CAC 40 pour le monde arabe.

[1] L’investissement de Qatari Diar dans Cegelec en est un exemple caractéristique. En octobre 2008, le fonds qatarien est devenu, au prix fort, l’actionnaire majoritaire de l’entreprise française Cegelec, spécialisée dans l’ingénierie technique et les services technologiques. Un an plus tard, Qatari Diar annonçait la cession de Cegelec à Vinci, en échange d’actions du groupe français, s’aménageant ainsi une porte de sortie.

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