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TERRORISME

Le FBI a-t-il incité des musulmans américains à commettre des attentats?

Entretien avec Olivier Chopin, spécialiste du renseignement, enseignant à Sciences Po et chercheur associé à l'EHESS/IRSEM. Il est l'auteur de «Pourquoi l'Amérique nous espionne ?» (Hikari Editions, avril 2014).

Le FBI aurait «encouragé, poussé et parfois même payé» des musulmans américains à commettre des attentats, au cours d'opérations d'infiltration, après le 11 Septembre. C'est la conclusion d'un rapport de l'ONG Human Rights Watch publié le 21 juillet. «Dans certains cas, le FBI pourrait avoir créé des terroristes à partir d'individus respectueux de la loi», dénonce l'ONG.



Le FBI est mis en cause par l'ONG Human Rights Watch (Photo: Shutterstock.com)

JOL Press : Ces accusations vous surprennent-elles ?

Olivier Chopin : Non. De nombreux documents datant de l'administration Bush (2001 - 2009) ont été déclassifiés. La sortie de ce rapport est dans la continuité d'un autre rapport, publié en 2013 par Human Rights Watch (HRW), sur les conditions de détention pour motif terroriste. A priori, il s'agit d'une enquête sérieuse. L'organisation, aidée par l'université de Columbia, a étudié 27 affaires, de l'enquête au procès, et interviewé 215 personnes.

Sur le fond, le rapport évoque des opérations d'infiltration. Les missions de surveillance, voire d'incitation au crime, font partie des techniques d'agitation assez fréquemment utilisées dans la lutte contre le terrorisme. Dans le cas évoqué ici, c'est l'ampleur qu'aurait pris le phénomène qui surprend. Mais il faut être prudent : Human Rights Watch a étudié 27 des 500 affaires de terrorisme jugées aux Etats-Unis depuis les attentats du World Trade Center. Cela ne veut pas dire que ces 500 personnes ont toutes été manipulées par le FBI.  

Psychose générale


JOL Press : Dans les années qui ont suivi le 11 Septembre, les autorités américaines étaient devenues paranoïaques...

Olivier Chopin : Effectivement. Si on se réfère à ce contexte, les accusations de Human Rights Watch sont encore moins surprenantes. Après les attentats du 11 Septembre, des dispositions ont été prises pour renforcer les pouvoirs des agences gouvernementales (Patriot Act). Au nom de la sécurité et de la lutte anti-terroriste, certaines libertés fondamentales ont été sacrifiées.

L'idée était de donner tous les moyens à la police et aux agences de renseignement pour assurer la sécurité de la nation. Selon Human Rights Watch, le FBI aurait souvent ciblé des personnes vulnérables, souffrant de troubles mentaux et intellectuels, pour accréditer la thèse d'une menace réelle sur le sol américain et justifier les lois anti-terroristes de l'administration Bush.  

Instrumentalisation ?


JOL Press : Croyez-vous que le FBI ait cherché à entretenir un climat de peur généralisée dans ce but ?

Olivier Chopin : Je pense qu'il s'agit de la partie interprétative du rapport de Human Rights Watch – l'ONG est connue pour ses positions critiques envers le gouvernement américain. Après le 11 Septembre, le FBI n'avait pas besoin de mener ce type d'opérations pour nourrir un sentiment d'angoisse chez les citoyens. Il faut bien comprendre que cet événement constitue un véritable traumatisme pour les Américains. Les Etats-Unis n'ont pas connu de guerre sur leur territoire depuis la guerre de Sécession (1861 - 1865). 

Les attentats de 2011, puis les guerres d'Afghanistan et d'Irak, suffisaient à entretenir un climat de peur. Dans le même temps, le gouvernement américain cherchait à véhiculer un discours positif vis-à-vis de la communauté musulmane pour de pas en faire un bouc émissaire. Enfin, la majorité des 500 cas de terrorisme jugés aux Etats-Unis ont été très peu médiatisés, ce qui n'est pas cohérent avec la volonté supposée du gouvernement de monter ces affaires en épingle.

Propos recueillis par Marie Slavicek pour JOL Press 

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