Connexion

UN ART PAS SEULEMENT DRAMATIQUE

Une musicienne à la Plaka: «Rester en Grèce, transmettre les trésors du pays»

Tout de noir vêtu, le visage recouvert de peinture blanche, un rond rouge dessiné sur le nez, Victor, jeune comédien grec de 22 ans, vient de se produire au beau milieu de la rue touristique de Dionysou Areopagitou, située au pied de l’Acropole. Dans le spectacle de cette compagnie de théâtre, baptisée « Sui Generis », nombreuses sont les allusions à la situation de la jeunesse grecque aujourd’hui.

Photo DR JOL Press

Le spectacle, simple mais créatif, mêle danse, musique, numéros clownesques et…improvisation: "Nous aimons les interactions avec les gens. Nous improvisons en nous inspirant des évènements extérieurs. Aujourd’hui, c’est un chien qui s’est invité, et nous l’avons inclu dans notre spectacle" explique Victor, l’un des sept acteurs de cette troupe dirigée par Kostas Gakis.

Métaphore de l'exode des jeunes

Tantôt comique, tantôt mélancolique, difficile de ne pas voir dans ce show une métaphore de l’exil de la jeunesse, comme lorsqu’un des comédiens saisit une valise au sol et que ses camarades essaient de le retenir. "La crise fait partie de nos vies. Chaque comédien de la compagnie pense à partir" poursuit Victor, chapeau vissé sur la tête.

C’est également son cas, mais le jeune homme n’a pas encore réussi à réunir l’argent nécessaire pour s’envoler vers un ailleurs, un autre pays. "Aujourd’hui tout le monde veut tenter sa chance à l’étranger ! C’est notre solution au problème… Bien sûr, cet exode des jeunes est lié à la question du chômage, mais c’est aussi parce qu’il n’y a plus aucune perspective pour nous ici" poursuit-il.

Photo DR JOL Press

Dans ce spectacle, difficile également de passer à côté de l’allusion à la répression policière lors des grandes manifestations antigouvernementales qui ont secoué la place symbolique de Syntagma – à quelques encablures de l'Acropole, en face du parlement grec – au cours de ces dernières années.

Allusion aux "Indignés de Syntagma"

Vaya, autre comédienne de Sui Generis, a rejoint la conversation. A son tour, elle explique avoir fait les frais de la violence des forces de l’ordre il y a cinq mois lors d’une manifestation : "ils m’ont poussée contre le mur alors que je venais seulement en aide à un manifestant" raconte cette grande blonde élancée, qui travaille huit heures par jour comme serveuse à Athènes tout en poursuivant des études de théâtre et de danse.

Photo DR JOL Press

Mais si, comme beaucoup d’artistes aujourd’hui,  Victor et Vaya expliquent s’inspirer de  l’environnement et des événements qui les entourent, et par conséquent de la crise, pour produire, ils veulent également "oublier et faire oublier" ce funeste mot le temps de leur spectacle : "Bien sûr, la crise est omniprésente dans nos vies, mais nous voulons continuer à faire ce que nous aimons et donner quelques heures de rire et de divertissement aux gens qui viennent nous voir" continue Victor.

"Transmettre les trésors de la Grèce"

L’exil, la solution au problème ?  Parmi les jeunes rencontrés durant cette étape à Athènes, nombreux sont ceux qui se disent prêts à fuir la Grèce, pays qui semble ne plus rien avoir à leur offrir. D’autres ont fait le choix de rester, comme ces trois musiciennes rencontrées à la nuit tombée dans le quartier touristique de la Plaka.

Adossées aux grillages qui surplombent les ruines antiques, les trois jeunes femmes jouent de la musique traditionnelle sous les yeux des passants. L’une d’entre elle, refuse de partager ses opinions sur le contexte politique, mais s’exclame: "Je sais juste que je  ne veux pas quitter la Grèce !  Je veux rester ici pour transmettre tous les trésors qui lui restent, et la musique en fait partie".

Par Louise Michel D. pour JOL Press

Découvrez tous les épisodes d'Histoires d'Européens
Noter
5