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ACCÈS AUX ZONES DE CONFLIT

Humanitaire en Syrie: les choses ont-elles changé depuis Genève 2?

La question humanitaire devait être au coeur des négociations de Genève 2, qui ont repris cette semaine. Mais face aux blocages politiques, les ONG sont sceptiques et craignent qu'aucune mesure ne soit prise pour faciliter l'accès humanitaire en Syrie.

Un quartier dévasté de Homs, en Syrie. Photo : FreedomHouse/Flickr / cc

Les négociations de Genève 2 ont repris cette semaine. Mais face au blocage des discussions qui opposent le régime syrien et l’opposition, notamment sur les enjeux humanitaires du conflit, les Nations Unies ont décidé de se charger de cette question.

La question humanitaire syrienne entre les mains de l’ONU

Un projet de résolution écrit par les pays occidentaux et arabes concernés par le dossier syrien a été soumis aux quinze membres du Conseil de sécurité de l’ONU, mardi 11 février. Le même jour, les négociations autour de ce texte non contraignant ont démarré.

En cas de vote de cette résolution, l’accès à l’aide humanitaire pourrait être amélioré sur le territoire syrien et "la levée immédiate des sièges" de plusieurs villes telles que Homs pourrait être décidée.

Bien que cette résolution ne soit pas contraignante, le Conseil de sécurité de l’ONU se réserverait le droit de voter des sanctions individuelles à l’encontre de ceux qui "font obstacle à l’aide humanitaire" dans un délai de 15 jours après le vote.

Pour le moment, le texte fait face à une forte opposition des autorités russes qui ont déjà bloqué, à trois reprises depuis le début du conflit, des projets de résolutions visant le régime syrien. Les Russes estiment cette fois que le texte qui leur a été soumis était "absolument inacceptable" et "contiennent un ultimatum pour le gouvernement" syrien.

Genève 2 n’aboutit à rien

Depuis bientôt trois ans, la question humanitaire en Syrie revêt une importance toute particulière. Dans ce conflit plus qu’ailleurs, les difficultés à acheminer l’aide vers les populations dans le besoin ont été difficilement surmontables et aujourd’hui encore, de nombreuses zones du pays sont impossibles d’accès pour les équipes des ONG.

Entamées le 22 janvier dernier, les négociations de Genève 2 ont permis de réunir autour de la même table le régime syrien et l’opposition à Bachar al-Assad pour permettre de dessiner une issue à la crise syrienne qui dure depuis bientôt trois ans.

Parmi les objectifs annoncés, et outre la mise en place d’un régime de transition dans le pays, les participants devaient se pencher sur la mise en place d’un couloir humanitaire et d’une trêve qui permettrait aux équipes d’intervenir sur place.

Lors de la première semaine de cette conférence, un effort a été consenti par le régime de Bachar al-Assad qui a donné son accord pour laisser partir les femmes et les enfants de la ville assiégée de Homs. Cependant, l’opposition a refusé la séparation des familles. Un autre pas a également été fait en faveur des Palestiniens et Syriens réfugiés dans le camp de Yarmouk, en périphérie de Damas. Ce camp, dans lequel se sont abrités de nombreux rebelles, fait l’objet d’un siège de l’armée syrienne depuis plusieurs mois.

Les ONG ont peu d’espoir

Pourtant, alors que la deuxième phase de ces négociations a commencé, force est de constater que la question humanitaire est toujours au point mort en Syrie.

"La première partie de ces négociations n’a permis aucune amélioration de la situation", explique ainsi Léa Gibert responsable des programmes de Médecins du Monde sur la crise syrienne au sein de la cellule Urgence. "Il n’y a d’ailleurs même pas eu de trêve humanitaire pendant les discussions et les combats se sont poursuivis sur le terrain. Cette situation est particulièrement marquée à Alep où nous observons toujours des bombardements au baril de TNT, durant lesquels les populations civiles et militaires sont touchées, sans distinction".

Même son de cloche chez d’autres ONG qui tentent d’intervenir en Syrie. Genève 2 n’a rien changé à la difficulté d’acheminer une aide humanitaire sur place.  "La situation est désastreuse et les négociations actuelles ne sont pas encourageantes", nous dit-on.

Les acteurs humanitaires peinent à rester optimistes face à cette situation. "Nous attendons de voir ce qui pourra découler des prochaines phases de négociations à Genève mais pour le moment, les faits ne nous ont pas laissé espérer une quelconque amélioration et la situation humanitaire et sécuritaire ne fait que se détériorer", conclut Léa Gibert.

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