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PROPOSITIONS PATRONALES

Jours fériés, 35 heures: le «ballon d’essai» du Medef vu de l'étranger

Afin de créer « un million d’emplois » et de limiter les différents freins à la croissance, le Medef a lancé un grand projet de mesures qui seront présentées le 24 septembre prochain. Une première version du projet, que s’est procuré le quotidien économique « Les Echos », suscite de vives réactions. L’organisation patronale entendrait en effet revenir sur la question des 35 heures ou réduire le nombre de jours fériés.

(Crédit photo: Marcin Balcerzak / Shutterstock.com)

Alors que la semaine s’annonce cruciale pour François Hollande et Manuel Valls, entre le vote de confiance à l’Assemblée mardi et la conférence de presse semestrielle du président jeudi, le syndicat des patrons a décidé de reporter la présentation de ses mesures pour "stimuler l’emploi" en France, afin de ne pas interférer avec cet agenda politique chargé.

Une première version du document, intitulée "Comment relancer la dynamique de création d’emplois en France", a cependant déjà été publiée dimanche 14 septembre dans les colonnes des Echos, provoquant une avalanche de réactions.

"Une provocation"

Du côté des syndicats, les propositions du Medef, qui souhaite par exemple supprimer deux jours fériés sur onze pour créer 1% de croissance et 100 000 emplois, sont considérées comme une "provocation".

"Il est hors de question d’aller sur ce terrain", a déclaré Laurent Berger, le secrétaire général de la CFDT, au micro de RTL lundi 15 septembre. "C’est une provocation pour essayer de se placer dans le débat. Mais on n’élève pas le débat public en lançant dans la presse des propositions dont on n’a discuté nulle part ailleurs", a-t-il ajouté.

"Toutes ces pistes, on les rejette", a pour sa part déclaré Jean-Claude Mailly, président de Force Ouvrière (FO). Pour lui, c’est le "cahier de revendications du patronat qui, comme par hasard, sort avant le discours de politique générale du Premier ministre et avant la conférence de presse du président de la République".

Sur Twitter, le Medef a néanmoins rappelé que les informations publiées par Les Echos étaient des "léments de travail", et ne correspondaient "pas exactement" aux propositions que Pierre Gattaz, patron du Medef, ferait le 24 septembre lors de la conférence de presse.

Le Medef a également précisé que le SMIC ne serait pas remis en cause, comme annoncé dans le document publié par Les Echos.

"Ballon d’essai"

"Ils ont lâché une sorte de ballon d'essai", estime Leo Klimm, correspondant à Paris pour le magazine économique allemand Capital, interrogé par JOL Press.

"En même temps, il fallait s’y attendre. C’est un comportement assez classique du patronat français, qui n’est pas extrêmement conciliant, ni à la recherche du dialogue social, mais plutôt dans la provocation et la confrontation", poursuit le journaliste. "Cela dessert la France, car le camp des syndicats est ensuite ravi de pouvoir se "jeter" sur ces mesures pour les critiquer, plutôt que de chercher un terrain d’entente".

Des questions qui méritent d’être débattues

Selon le document, le Medef souhaiterait également "en finir avec le principe d’une durée légale imposée à toutes les entreprises", en permettant à celles-ci de négocier la durée de travail ainsi que "le taux des majorations horaires et l’aménagement du temps de travail".

L’organisation patronale souhaiterait également permettre aux entreprises qui le veulent, et en accord avec les salariés, de pouvoir ouvrir le soir et le dimanche. Cela permettrait, à terme, de créer entre 50 000 et 200 000 nouveaux emplois dans le tourisme et entre 40 000 et 100 000 dans le commerce et la distribution, selon le Medef.

"Il est évident qu’il faut pouvoir discuter de toutes ces questions soulevées, et notamment de celle des 35 heures. Certaines entreprises ont besoin de plus de flexibilit", juge M. Klimm. "On sait bien que les 35 heures ne sont pas une réalité dans beaucoup d’entreprises françaises, donc on doit pouvoir adapter la loi à la réalit".

Pour le journaliste économique, "ces questions méritent donc d’être débattues. Mais le fait de vouloir forcer les choses comme cela constitue davantage un bel effet médiatique qui peut effrayer qu’une vraie avancée dans le débat ".

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