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La désillusion de la jeunesse russe

Dans les cortèges de la manifestation contre la corruption du pouvoir en Russie, organisée le 26 mars dernier, on trouvait surtout des jeunes. A l’appel de l’opposant Alexeï Navalny – arrêté lors de la protestation – cette génération « réseaux sociaux » conteste l’ordre établi. Au point que l’état prenne des mesures pour restreindre l’accès à internet des jeunes.

L’opposant russe Alexeï Navalny est sorti de prison ce lundi 10 avril. Il y a passé 15 jours pour avoir organisé le dernier mouvement de protestation qui a secoué le pays : à Moscou, et dans plusieurs villes du pays, des milliers de manifestants s’étaient rassemblés le 26 mars dans 99 marches dénonçant la corruption de la classe politique et le non renouvellement des dirigeants. Contrairement à la contestation autour de la réélection de Vladimir Poutine en 2012, lors de ce mouvement, la province s’est mobilisée, y compris dans des villes généralement somnolentes, comme Omsk, en Sibérie.

La répression ne s’est pas fait attendre :  au moins 1 000 personnes ont été arrêtées, y compris des mineurs, selon OVD-Info, une organisation spécialisée dans le suivi des manifestations. La majorité des manifestants arrêtés ont été libérés dans la nuit de dimanche à lundi après s’être vus signifier une   "infraction administrative" pour participation à une manifestation non autorisée. Soulignant la prévalence de la jeune génération chez les protestataires, le Moskovski Komsomolets titre lundi 27 mars : "La révolte des enfants contre les pères".

En réaction à cette mobilisation massive de la jeunesse, un projet de loi a été déposé, ce lundi 10 avril 2017 à la Douma (assemblée russe). Il vise à interdire l'accès aux réseaux sociaux pour les moins de 14 ans – ces derniers ont été vecteur d’idées subversives, comme les accusations de corruption lancées par l'opposant Alexeï Navalny contre le Premier ministre Dmitri Medvedev. Sa vidéo, visionnée par près de 12 millions de personnes, tournait en effet ce dernier en dérision pour se trouver à la tête d’un empire immobilier construit sur l’argent des oligarques corrompus.

Pourquoi une telle inquiétude ? Vladimir Poutine affiche toujours un taux de popularité de l’ordre de 80 %, alors qu’il entame sa dix-septième année au palais du Kremlin. En outre, il dispose d’un système de propagande très efficace, avec les télévisions et l’essentiel de la presse écrite aux ordres du Kremlin. En outre, la persécution de l’opposition a empêché toute réelle contestation d’apparaitre :  "Les opposants sont harcelés, jetés en prison, sous des prétextes fabriqués dans le plus pur style soviétique, traqués par le fisc, voire assassinés" rappelait le Monde.

Le gouvernement envisage aussi une loi renforçant l’"ducation patriotique" afin de combattre contre le "désillusion de la jeunesse" soulignée par le politologue Andreï Kolesnikov. Le journaliste Oleg Kachine, dans une analyse publiée sur le site Republic au lendemain des manifestations historiques, explique que "c’est la première fois que manifestaient en masse des ados qui ont toujours vécu sous Poutine". Cette génération a donc fait son "baptême politique" sous le signe de la protestation.

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