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L’enquête sur le scandale syrien de Lafargue pointe vers une responsabilité de ses actionnaires

L’enquête sur des soupçons de financement de l’organisation Etat islamique par le groupe cimentier Lafargue progresse. Une perquisition réalisée par la police belge dans les locaux de la holding GBL, le principal actionnaire du groupe, semble indiquer que certains actionnaires auraient décidé de continuer à faire tourner la cimenterie de Jalabiya, dans le nord de la Syrie.

La multinationale française Lafargue est sous le coup d’une enquête judiciaire depuis 2017 pour avoir financé des factions armées en Syrie – dont le groupe État islamique (EI). Depuis sa révélation, en 2016, l’affaire ne cesse de se ramifier, avec une possible implication des services secrets français. Dernière révélation : lors d’une perquisition chez l’actionnaire principal, le Groupe Bruxelles Lambert (GBL), la Police Belge semble avoir découvert des preuves de l’implication de ce dernier dans la décision de maintenir l’activité du cimentier, quitte à collaborer avec l’EI.

On sait en effet que la filiale syrienne du groupe a versé environ 5,6 millions de dollars à diverses factions armées via un intermédiaire, entre le printemps 2013 et septembre 2014, dont plus de 500.000 dollars aux djihadistes de l’EI. Le fonds Belge, qui détenait 20 % des parts du cimentier à l’époque des faits et jouait un rôle actif dans la fusion en préparation avec le suisse Holcim, aurait fait pression sur une direction qui n’avait "pas tellement de libre arbitre en la matière" et "a fait ce qu’on lui a dit" d’après l’audition de Gérald Frère, président du conseil d’administration de la holding.

Au moment de l’occupation des routes d’accès à l’usine de Jalabiya, l’actionnaire aurait donc pesé de tout son poids pour forcer Lafargue à maintenir son activité, en faisant affaire avec les djihadistes. Ce dernier se défend en affirmant qu’il avait une approche strictement "financière" des activités du cimentier, et aucune information n’est remontée concernant ses agissements en Syrie. "Entre une personne qui fait un paiement en bas de l’échelle à un groupe terroriste et un CEO, il doit y avoir 7 ou 8 niveaux", explique Ian Gallienne, administrateur délégué du fonds d’investissement.

Pour lui, "les membres du conseil d’administration n’ont jamais été informés". Il reconnait toutefois que "le conseil a joué au naïf parce que ça l’arrangeait bien". Reste à établir si le conseil n’a pas cherché à en savoir plus sur le financement d’activité terroriste alors qu’il avait des soupçons légitimes, où s’il savait exactement ce qui se passait sur le terrain. Des écoutes téléphoniques ont toutefois révélé que les quatre administrateurs se sont rencontrés "pour avoir les mêmes réponses sur les questions génériques" et qu’ils parlaient de "destruction de preuves".

Dans cette affaire, six personnes ont actuellement été mises en examen pour financement du terrorisme et mise en danger de la vie d’autrui : l’ex-PDG de Lafarge, Bruno Lafont, l’ex-directeur général adjoint opérations Christian Herrault, l’ex-directeur général de Lafarge Holcim Eric Olsen, les anciens directeurs de la filiale syrienne de Lafarge, LCS, Bruno Pescheux et Frédéric Jolibois, ainsi que Jean-Claude Veillard, responsable à l’époque de la sécurité du groupe. Aucun membre de GBL ne fait pour l’heure l’objet de poursuites.

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