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Les cigarettiers accusés de mentir sur la teneur en goudron et nicotine de leurs produits

Le Comité national contre le tabagisme a porté plainte contre quatre géants de l’industrie du tabac accusés d’avoir sciemment menti sur la teneur en goudron et nicotine de leurs produits.

Quatre grand cigarettiers sont pris dans un scandale sanitaire. Une plainte pour "mise en danger de la vie d'autrui" a été déposée contre les filiales françaises de quatre cigarettiers (British American Tobacco, Philip Morris, Japan Tobacco et Imperial Brand) par le Comité national contre le tabagisme (CNCT). "La teneur réelle en goudron et nicotine serait, selon les sources, entre deux et dix fois supérieure [à celle indiquée] pour le goudron et cinq fois supérieure pour la nicotine" s'alarme ce dernier. Les fumeurs qui pensent fumer un paquet par jour en fumeraient en réalité l'équivalent de deux à dix, d’après la plainte.

Ce décalage proviendrait de micro-orifices ventilant la fumée, et qui permettent de la "diluer" avant qu'elle n'atteigne les poumons, réduisant ainsi les taux de goudron et de nicotine ingérés. Ces perforations au laser sont toutefois bloquées par les doigts et les lèvres du fumeur. Or, les fabricants se basent sur des données enregistrées par une machine à fumer, ce qui fausserait la donne. Le laboratoire français agréé pour effectuer les tests reconnaît qu'"aucune mesure particulière n'est prise selon les cigarettes en fonction de la présence possible de tels micro-orifices dans les filtres". Ceux-ci semblent donc être uniquement un moyen de tromper les organes de contrôle et les consommateurs, d’après le CNCT.

"Aujourd'hui, 97% des cigarettes comportent des perforations invisibles du filtre", souligne le CNCT. Le centre cite dans sa plainte des documents écrits par les industriels, dont une plainte lancée en 1982 en Suisse par Philip Morris et deux autres sociétés contre British American Tobacco (BAT). La pratique n’est pas neuve. Elle avait en outre déjà été décrite par l’historien des sciences Robert Proctor dans un ouvrage, paru en 2014, et qui exploitait les documents des cigarettiers américains déclassifiés par la justice à la fin des années 90.

"Notre objectif, c'est qu'on en parle et que les Français comprennent quel est le comportement de cette industrie", a déclaré vendredi à l'AFP le professeur Yves Martinet, président du CNCT. "Le but de cette industrie, c'est de rendre les gens accros à la nicotine pour qu'ils reviennent acheter leur drogue". Ce dernier estime que "les maladies qui apparaissent aujourd'hui sont, au moins partiellement, le fruit de cette tromperie, qui dure depuis de nombreuses années". Cette affaire, que certains appellent déjà le "tabacco-gate" s’inscrit dans la ligné des tests falsifiés sur la teneur en particules fines des moteurs diesel allemands.

Sollicités, les quatre cigarettiers Philip Morris, Seita, Japan Tobacco International (JTI) et British American Tobacco (BAT), n'ont pas souhaité faire de commentaire.

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