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RÉVÉLATIONS POLITIQUES DE L’ANNÉE

Marion Maréchal-Le Pen choisira-t-elle la rupture ou la continuité?

A 23 ans, la benjamine de l’Assemblée ne s’attire pas les mêmes foudres médiatiques que sa tante ou que son grand-père. Marion Maréchal-Le Pen aime entretenir la différence et pourtant elle a délibérément choisi de porter le nom du fondateur du Front national. Pour quelles raisons ? Qui se cache derrière ce sourire juvénile ? Incarnera-t-elle dans les prochaines années un FN décomplexé ou ses ambitions politiques ne dureront-elles que le temps de son mandat de députée ?

Marion Maréchal-Le Pen semble assumer pleinement l’héritage politique de son grand-père même si elle ne cache pas ses divergences avec certaines orientations du parti - Photo : Remi Noyon/Flickr cc.

En se faisant élire députée de la troisième circonscription du Vaucluse, le 17 juin 2012, elle est devenue la plus jeune députée de l'histoire de la République française. Petite fille du fondateur du Front national, Marion Maréchal-Le Pen semble assumer pleinement l’héritage politique de son grand-père même si elle ne cache pas ses divergences avec certaines orientations du parti. Le nom "du diable", une "gueule d'ange"… Que cherche la nièce de Marine Le Pen ? A lui prendre sa place ? Rien n’est moins sûr.

Petite-fille de…

Fille de Samuel Maréchal, ancien président du FNJ (Front national de la jeunesse), et de Yann Le Pen qui ont divorcé en 2007, Marion est née le 10 décembre 1989 à Saint-Germain-en-Laye. A 17 ans, elle adhère au Front national et se présente à l'élection municipale du 9 mars 2008, à Saint-Cloud sur la liste FN qui obtient 6,3% des voix. "Du fait du nom que je porte, j'ai le devoir de montrer l'exemple, mais je ne suis pas coachée par ma famille, je ne suis pas la marionnette de mon grand-père", estime-t-elle.

Mais les médias commencent à s’intéresser à la jeune fille en 2010, quand elle se présente aux élections régionales. "Ma candidature apporte l’image d’une relève, d’autre chose qu’un parti ringard, vieux, qui n’a plus lieu d’être", explique-t-elle alors, du haut de ses 19 ans, sur France 3. "Il est assez naturel que les enfants suivent la voie de leurs parents", commentera, à son tour, Jean-Marie Le Pen. "Ce n’est pas là une succession au royaume de France mais une soumission à des élections". Mais sa liste, menée en région Île-de-France, par Marie-Christine Arnautu, est battue au premier tour avec un score de 8,83%.

Sur les bancs de l’Assemblée

Ce ne sont pas ces deux expériences qui lui ont donné envie de devenir députée. Son grand-père a beaucoup insisté : "Je lui ai dit non deux fois. Mais j’ai cédé quand il m’a dit : ‘Comment peux-tu ne pas montrer l’exemple alors qu’on demande aux jeunes de s’engager". Etudiante en master de droit public à l'université Paris II Panthéon-Assas, elle a mis de côté ses études pour se consacrer pleinement à sa fonction de députée et préparer les élections municipales de 2014. Cette situation la désole : "Ce qui me console, c’est que j’ai le M1, qui me permettra de présenter le barreau", explique-t-elle sur 20minutes.fr.

Marion n’envisage pas de faire obligatoirement carrière en politique : "Aujourd’hui, je suis sur le devant de la scène, mais pourquoi ne pas être dans l’ombre, à un moment" Interroge-t-elle lançant planer volontairement le doute sur son avenir. De son côté Jean-Marie Le Pen est très fier de sa petite fille : "Elle y est allée par devoir, elle s’en sort remarquablement bien. Je le sais d’autant mieux que j’ai été à sa place, et que c’était très dur. Elle a étonné par son naturel, sa courtoisie, son sérieux. C’est un concert de louage de la part de tout le monde politique", estime l’ancien président du FN, lui-même benjamin du Palais Bourbon en 1956 lorsqu'il était élu député poujadiste à 27 ans.

Pourquoi le Vaucluse ? Jean-Marie Le Pen jugeait que la circonscription était gagnable et qu'il fallait "marquer le coup pour effacer l’affaire de la profanation du cimetière juif de Carpentras dans laquelle le FN avait été indirectement accus". "Il est grand temps que les Vauclusiens obtiennent enfin le député auquel ils ont droit, à savoir un vrai député d'opposition comparé à la droite molle", lance la jeune députée, comme un défi.

Des prises de positions bien à elle

Malgré tout, Marion ne cache pas ses divergences avec Marine Le Pen ni avec certaines orientations officielles. Pour elle, la présidente du FN "a une façon de faire de la politique qui est virile". "Je me considère comme une femme de droite", affirme-t-elle. "Je ne cherche pas à renverser la table mais à la repositionner", continue-t-elle, prenant ainsi des distances avec "l'antisystème" prôné par sa tante. Mais ces différences ne lui posent pas de problèmes : "Nous avons chacune notre sensibilité. Mais si c’est pour être un clone de Marine Le Pen, je ne vois pas l’intérêt", explique-t-elle.

N’hésitant pas à déclarer avoir "songé à adhérer à l'UMP", la benjamine de l’Assemblée ne partage pas non plus la conception d’un Etat stratège, défendue par Marine Le Pen. "L'Etat a fait la France, l'étatisme l'a tuée", souligne-t-elle dans les colonnes du Monde. Et de préciser : "l'Etat stratège n'a pas toujours fonctionn".

Enfin Marion Le Pen se prononce contre la peine de mort, mais pour une "perpétuité réelle" dans les prisons, pour le déremboursement de l'avortement lorsque cette intervention est répétée mais affirme ne pas vouloir "remettre en cause absolument le droit à l'IVG". Enfin on l’a vu s’opposer fermement au projet de loi ouvrant le mariage aux couples de personnes de même sexe, question sur laquelle son parti a eu une position ambiguë.

Alors des racines ou des ailes ? Son avenir au sein du parti le dira…

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