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Merkel emboite prudemment le pas d’Emmanuel Macron sur une Europe de la défense

La chancelière allemande a fait part de son soutien à l’initiative européenne d’intervention proposée par Emmanuel Macron, avec le sens de la prudence qui la caractérise.

Après huit longs mois d’attente, Angela Merkel a présenté dimanche 3 juin, la vision allemande des développements bienvenus pour l’Union européenne. Lors de cette présentation, la chancelière a envoyé un signal positif à la France en soutenant la proposition d'Emmanuel Macron de composer une force militaire d'ampleur européenne : "Je suis en faveur de la proposition du président Macron pour une force d'intervention", a déclaré Mme Merkel au Frankfurter Allgemeine Sonntagszeitung.

"La défense européenne est très importante. A partir des 180 systèmes d'armement qui coexistent actuellement en Europe, nous devons parvenir à une situation similaire à celle des Etats-Unis, où il y a seulement 30 systèmes d'armement", a poursuivi la chancelière. Elle a aussi laissé la porte ouverte à une possible participation britannique à cette initiative, qu’elle voit comme une chance de rapprochement avec le Royaume-Uni post-Brexit.

Cette avancée est notable. "On connait la prudence légendaire de la chancelière, on sait qu’elle a une opinion publique qui n’aime pas trop les changements brutaux. Mais on distingue quand même dans son discours des avancées notables, qui d’ailleurs corroborent les évolutions qu’on a pu constater, les signaux faibles dans la politique allemande" analyse. Jean-Dominique Giuliani, le président de la Fondation Robert Schuman.

Il ne fait aucun doute que le rapprochement de la position française et allemande a été précipité par l’unilatéralisme de Trump – dont les mesures de rétorsion économique visent en premier lieu l’Allemagne. Rappelons aussi que Trump a laissé entendre qu’il n’interviendrait pas systématiquement pour aider ses alliés de l’Otan en cas d’agression – un changement de ton historique pour un dirigeant américain, qui semble vouloir se servir du soutien militaire comme un élément de négociation.

Angela Merkel a toutefois posé une condition importante à cette Europe de la défense :  son insertion dans la Coopération structurée permanente (PESCO) – une façon de réintroduire de l’inclusif là où les Français demandaient initiative davantage tournée vers l’opérationnel. "Pour Emmanuel Macron, les mécontentements des citoyens européens exigent une réponse ambitieuse, tandis qu’Angela Merkel fait le pari inverse, celui de la prudence afin de ne pas affoler les citoyens", synthétise Claire Demesmay de la DGAP (Association allemande de politique étrangère).

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