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CONTEXTE DE CRISE

1789... 2013: le régime est-il au bord de l'implosion?

Sommes-nous en 1789 ? C’est la question que pose cette semaine l’hebdomadaire le Point en consacrant son dossier à la crise politique, économique, sociale et morale dans laquelle est plongée la France. « Nous sommes en 1789 » aimait à répéter Mendès-France, un peu avant la chute de la IVe République. Et si la crise nous conduisait à la VIe République tant souhaitée par Jean-Luc Mélenchon ?

Prise de la Bastille le 14 juillet 1789, par Hoüel.

Tous les ingrédients sont-ils réunis pour que le régime actuel - la Vème République - s'effondre ? C’est ce que semble penser l’historien Patrice Gueniffey, auteur de Histoires de la Révolution et de l’Empire (Tempus) dans l’hebdomadaire Le Point : "Nous sommes en 1788. Aujourd’hui, on a le cumul de plusieurs crises : la monnaie (un euro trop fort), une dette publique exorbitante, une crise économique depuis 2008, une crise politique, de leadership, voire des institutions. C’est exactement la même chose qu'à la veille de la Révolution. D’abord, l’Ancien Régime est confronté à une crise conjoncturelle, économique. L’été 1787 a été trop sec, l’été 1788 trop humide, on se trouve dans une économie rurale, les conséquences sont immédiates : c’est la pénurie des subsistances. Les prix flambent", explique-t-il.

Et d’ajouter : "Dans ces cas-là, normalement, l’Etat arrive à faire la soudure en important. Mais, pour importer, il faut de l’argent. Or la France n’en a plus (car) elle est confrontée à une seconde crise, colossale, une crise de la dette".

Crise économique à l’origine de toutes les révolutions

"Depuis François Ier, l’Etat a toujours été impécunieux. La France a une politique de grande puissance, mais cette politique coûte cher", renchérit l’historien. "Depuis plus de deux siècles, on emprunte. On vit à crédit. On distribue des rentes, c’est-à-dire des intérêts, aux bailleurs de fonds, aux rentiers, de plus en plus nombreux. La France est aussi un pays de droit coutumier : les exemptions, les privilèges s’accumulent, l’Etat ne met la main que sur une petite partie des richesses aux mains des nobles et du clergé. A partir de 1785, les gouvernements tentent d’augmenter les recettes, mais les ministres se heurtent aux résistances des privilégiés et ne reçoivent pas le plein soutien de Louis XVI, influencé par des coteries. La réforme fiscale n’a pas lieu". 

Quelqu’un aurait-il l’impression que l’histoire se répète ? Pour Patrice Gueniffey, le parallélisme est évident : "En 1789, on était dans la même situation d’insolvabilité qu'aujourd’hui, à la différence près que l’Etat actuel dépend politiquement de ceux qu’il finance, tandis que l’Ancien Régime est sous la coupe des rentiers qui l’alimentent". Voilà qui est rassurant…

Crise politique

Sur la couverture du Point, sous une perruque poudrée, François Hollande apparait sous les traits d’un Louis XVI désabusé. Le rapprochement est, par ailleurs, assez étonnant. Pour Patrice Gueniffey, les deux personnalités se ressemblent étrangement : "Louis XIV a créé un système fort, conçu pour lui seul, ingérable pour les autres. Il en va de même avec la Ve République, conçue par de Gaulle, pour lui seul. Le drame, c’est quand un système fort est occupé par un homme faible. Ce fut le cas avec Louis XVI. C’est le cas aujourd’hui. Hollande se trouve un peu dans la situation de Louis XVI en 1789 : souhaitons-lui de finir mieux". C’est tout ce qu’on lui souhaite aussi…

Cependant, le contexte politique est lui aussi comparable : "Le pouvoir est faible, il se délite", raconte l’historien. "Louis XVI veut réagir par la force, mais il réagit mal. La goutte d’eau qui fait tout déborder est le renvoi, le 11 juillet, de son ministre Necker, encore très populaire. Il est le seul dont on pense qu’il peut maintenir le prix du pain, éviter la banqueroute. Son renvoi, c’est le signe qu’il n’y a plus de solution de rechange, que c’est la banqueroute. Ce sont les rentiers qui vont marcher vers la Bastille" Comparaison n'est pas raison, mais tout de même…

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