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UNE ANNÉE DE CÉLÉBRATIONS

20 ans après, le Rwanda commémore son génocide

Le génocide rwandais, qui a conduit à la mort de 800 000 personnes, selon les chiffres de l'ONU, sera au cœur de nombreuses cérémonies de commémoration durant toute cette année. L'occasion pour l'Europe, qui avait tardé à réagir alors que le Rwanda s'entre-déchirait, de veiller à ne pas reproduire ses erreurs en Centrafrique.

Mur portant les noms de certaines victimes du génocide rwandais, à Gisozi. Photo : cellanr/Flickr / cc

Il y a 20 ans cette année, le Rwanda devenait, pendant 100 jours, le théâtre d’un génocide qui a profondément marqué les esprits dans la communauté internationale.

Le génocide le plus rapide de l’histoire

Pour cet anniversaire sanglant, le Rwanda organisera cette année toute une série de commémoration entre le 7 avril et la fin du mois de juillet, près de quatre mois durant lesquels, en 1994, le gouvernement rwandais majoritairement composé de Hutu a mené une véritable opération contre les Tutsis et leurs alliés, conduisant à la mort de 800 000 personnes, selon les chiffres de l’ONU.

Le Rwanda demeure aujourd’hui le génocide le plus rapide de l’histoire. Ces quelques semaines meurtrières se sont déroulées dans le cadre de la guerre civile rwandaise, dans les années 90.

A l’origine, les affrontements politiques ont opposé les autorités en place au Front patriotique rwandais (FPR), majoritairement composé de Tutsis. Exilés à l’étranger, les membres de ce groupe ont cherché à rentrer au Rwanda à partir du 1er octobre 1990 afin de prendre le pouvoir. Le gouvernement a alors mené une grande offensive contre cette tentative en combattant les forces du FPR et en s’attaquant aux Tutsis résidant à l’intérieur du Rwanda. C’est en 1994 que cette chasse aux Tutsis a atteint son point culminant.

Plusieurs semaines de commémorations

Le 7 janvier dernier, les autorités rwandaises se sont rassemblées à Gisozi, où se trouve le principal mémorial du génocide afin d’introduire une année de commémoration. Une "flamme du souvenir" a été allumée par les autorités. Jusqu’au 7 avril prochain, cette flamme traversera les trente districts du pays avant de retourner dans la capitale, Kigali.

Durant ces quelques semaines de voyage, des débats seront organisés à chaque étape autour des circonstances qui ont provoqué ce génocide et autour du silence de la communauté internationale durant ces 100 jours.

A l’étranger, d’autres villes participeront également à cette commémoration et à Londres comme à New York, des débats auxquels seront invités des experts de la Shoah et du génocide rwandais seront également organisés.

Enfin, et comme chaque année, un deuil national démarrera au Rwanda le 7 avril. Traditionnellement, les Rwandais sont invités à se vêtir de violet et les survivants du génocide nettoient et ré-enterrent les os des victimes.

Un nouveau suspect arrêté

Les premières commémorations de ce vingtième anniversaire interviennent alors que Jean-Baptiste Mugimba, un Rwandais de 54 ans résidant aux Pays-Bas, a été arrêté et devrait être extradé vers Kigali.

Jean-Baptiste Mugimba est accusé d’avoir pris part au génocide rwandais en tant que responsable de l’organisation et de l’exécution de crimes de masse contre les Tutsis du quartier de Nyakabanda, dans la capitale.

Ce suspect aurait, en tant que secrétaire général de la coalition pour la défense de la République et de la démocratie (CDR) fourni des listes de noms et des armes aux miliciens chargés de chasses les Tutsis.

La Centrafrique ravive le souvenir du Rwanda

En France comme en Europe, le souvenir du génocide rwandais est d’autant plus vivant que ce vingtième anniversaire intervient alors que les forces françaises sont actuellement déployées en Centrafrique, un autre pays d’Afrique centrale dans lequel les communautés s’affrontent faisant de plus en plus de victimes.

C’est devant le spectre du "génocide" rwandais, que la France a décidé d’intervenir et aujourd’hui, l’Europe met également ses premières cartes dans le jeu centrafricain, comme pour exorciser le mal rwandais, 20 ans après.

Il faut dire qu’en 1994, la communauté internationale avait particulièrement tardé à agir. "Comment oublier que voici vingt ans en effet, la ‘communauté internationale’, Belgique en tête, avait retiré du Rwanda l’essentiel du contingent de l‘ONU, et détourné les yeux face au génocide qui finit par emporter un million de Tutsis en cent jours ?", peut-on lire sur le site belge Le Soir. "A l’époque, si la France se décida finalement à intervenir lors de l’opération Turquoise, ce fut moins pour sauver les derniers Tutsis que pour se porter au secours des forces du génocide en passe de perdre la bataille militaire et politique".

L’Europe veut exorciser le souvenir du Rwanda

Vingt ans plus tard, l’Europe est alors décidée à s’engager. "L’Europe ne peut pas laisser la France seule", selon les propres mots de Guido Westerwelle, ministre allemand des Affaires étrangères.

Un appui militaire européen viendra bientôt s’ajouter aux 500 millions de dollars d’aide provenant de donateurs.

"Mais dans l’immédiat, c’est la force qui doit intervenir et frapper bien au-delà de Bangui", note encore le site belge. "Alors que dans un Rwanda privé de moyens de communication, nul n’avait pris la mesure réelle des tueries perpétrées dans les campagnes, aujourd’hui, à l’heure d’internet, les atrocités perpétrées en Centrafrique sont connues en temps réel".

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