Connexion

POINT DE VUE

Ukraine: l'enlèvement de journalistes et de responsables politiques doit servir de signal d'alarme

Noter
0

Les journalistes et les responsables politiques qui sont détenus illégalement et utilisés comme monnaie d'échange par un groupe séparatiste armé dans l'est de l'Ukraine doivent être libérés immédiatement, a déclaré Amnesty International, soulignant le risque de torture et d'autres mauvais traitements qu'ils encourent.

D'après le Kiev Post, au moins 16 personnes ont été enlevées en une dizaine de jours à Sloviansk et Horlivka, deux villes de la région de Donetsk, dans l'est de l'Ukraine, dont un groupe armé pro-russe a pris le contrôle. Trois journalistes étrangers ont été libérés, mais plusieurs autres journalistes et responsables politiques sont toujours en détention ou ont disparu. Deux hommes qui avaient été enlevés précédemment ont été retrouvés morts mardi 22 avril 2014 ; leurs corps portaient des traces de torture.

Une enquête impartiale et indépendante s'impose après l'annonce de cinq morts près de Sloviansk

Le 23 avril, lors d'une conférence de presse, Viatcheslav Ponomarev, qui s'est autoproclamé maire du peuple de Sloviansk, a déclaré que certaines des personnes détenues étaient gardées comme monnaie d'échange et qu'il n'avait nullement l'intention de les laisser partir. Il a accusé le gouvernement de Kiev de détenir et de torturer ses camarades.

"La détention persistante de journalistes, de responsables municipaux et d'habitants par un groupe armé à Sloviansk en dit long sur le mépris de la loi qui règne dans certaines parties de l'est de l'Ukraine, et soulève des craintes quant au risque de torture et d'autres mauvais traitements. Prendre des otages et les utiliser comme monnaie d'échange à des fins politiques est tout aussi odieux qu'illégal", a déclaré Heather McGill, chercheuse sur l'Ukraine pour Amnesty International. "Le harcèlement, l'enlèvement et la détention de journalistes sont de graves atteintes à la liberté d'expression, auxquelles il convient de mettre un terme immédiatement. Toute personne détenant illégalement des journalistes ou d'autres personnes dans l'est de l'Ukraine doit assurer leur sécurité et les libérer immédiatement et sans condition"

L'Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe a aussi exprimé sa préoccupation à propos des enlèvements et a demandé la libération immédiate des journalistes. Cet appel d'Amnesty International intervient alors que les forces armées ukrainiennes ont lancé, ce jeudi 24 avril 2014, une offensive pour reprendre le contrôle de Sloviansk. Cette opération doit respecter les normes internationales concernant l'usage de la force et des armes à feu. Une enquête impartiale et indépendante s'impose après l'annonce de cinq morts aux points de contrôle autour de Sloviansk lors de cette opération.

Une série d'enlèvements 

Ces 11 derniers jours, l'est de l'Ukraine a été le théâtre d'une série inquiétante d'enlèvements. Ceux-ci coïncident avec la prise de contrôle, par un groupe armé pro-russe, des postes de police et des bâtiments publics de plusieurs villes, dont les locaux du Service de sécurité ukrainien (SBU) à Sloviansk. Le prétendu dirigeant de ce groupe armé, Viatcheslav Ponomarev, s'est autoproclamé maire de Sloviansk. D'après des informations parues dans les médias, un habitant de Sloviansk, Artem Deynega, a été enlevé le 13 avril par des personnes non identifiées après avoir été vu en train de filmer la rue où se trouvent les locaux du SBU depuis un balcon.

Trois jours plus tard, le journaliste ukrainien Serhi Lefter a aussi été fait prisonnier alors qu'il effectuait un reportage dans la ville. On ignore toujours où ces deux hommes se trouvent. Le 18 avril, Nelia Chtepa, la maire de Sloviansk, a disparu après avoir tenté de rencontrer Viatcheslav Ponomarev. Elle est apparue le 22 avril sur LifeNews, une chaîne de télévision russe pro-Kremlin, ce qui laisse à penser qu'elle est toujours en détention. Par ailleurs, un chef de la police de Sloviansk, Oleg Prokhorov, a disparu depuis le 19 avril.

On ignore où il se trouve mais on pense qu'il est aussi détenu par le groupe armé. Le 20 avril, Irma Krat, ancienne chef de file des manifestations Euromaïdan à Kiev et rédactrice en chef de la chaîne ukrainienne Hidden Truth TV, a été enlevée après son arrivée à Sloviansk, où elle venait couvrir les derniers événements. Son avocat pense qu'elle est détenue dans les locaux du SBU, qui sont toujours sous le contrôle du groupe armé pro-russe. Elle est accusée par ce groupe d'avoir participé à la torture et à l'homicide d'un policier des Berkout (unités antiémeutes) il y a plusieurs mois, lors des manifestations à Kiev - ce qu'elle nie.

Le 21 avril également, trois autres journalistes étrangers ont été détenus temporairement par des hommes armés qui gardaient un poste de contrôle dans la ville de Sloviansk. Tous trois - deux Italiens et un Bélarussien - ont ensuite été libérés, mais ils se seraient fait confisquer leur matériel.

Torturés et tués

Dans un autre épisode tragique, le 22 avril, les cadavres de deux hommes portant des traces de torture ont été retrouvés au bord de la rivière Torets, à Sloviansk. L'un d'eux a été identifié comme étant Volodimir Ribak, un élu du conseil municipal de Horlivka, membre du parti Batkivchtchina, qui avait semble-t-il été enlevé le 17 avril.

Une vidéo filmée ce jour-là et diffusée sur un site d'informations locales montre cet élu violemment attaqué par plusieurs hommes, dont l'un en tenue de camouflage, le visage masqué. D'après le Kiev Post, le corps de Volodimir Ribak a été retrouvé attaché à un sac de sable, avec une grande entaille sur le ventre ; il était probablement encore vivant quand il a été jeté dans la rivière. "Cette découverte macabre et choquante doit servir de signal d'alarme. Il faut mener une enquête exhaustive, indépendante et impartiale sur ces meurtres, et traduire en justice les responsables présumés", a déclaré Heather McGill.

Mots-clés
Noter
0