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Le sommet UE-Afrique, entre développement et sécurité

Les dirigeants africains et européens se sont réunis à Abidjan, les 29 et 30 novembre, afin de se pencher sur l’avenir de la jeunesse du continent. L’actualité révoltante de vente aux enchères de migrants en Libye a aussi occupé une large partie des échanges.

Le 5ème Sommet UE-Afrique a pris fin ce jeudi 30 novembre à Abidjan, en Côte d’Ivoire. Cette rencontre entre les chefs d’État africains et les dirigeants des 28 États membres de l’Union Européenne (UE) se tient tous les trois ans depuis 2000. Cette édition exceptionnelle devait se pencher en priorité sur le thème "Investir dans la jeunesse pour un avenir durable", et à ce titre voulait donner un nouveau départ à la jeune génération du continent Africain – qui se sent souvent laissée pour compte. "Notre sommet a été un hymne à la jeunesse. Nous reconnaissons tous que le futur de nos deux continents dépendra dans une large mesure de l'avenir que nous réservons à nos jeunes" lançait ainsi le président de la Commission de l'Union africaine, Moussa Faki Mahamat, en ouverture du Sommet.

L’Afrique est en effet le continent le plus jeune de la planète avec une démographie galopante – il verra sa population doubler d’ici 2050 – et plus de 60% de la population qui a de moins de 25 ans. Seulement, cette jeunesse peine à s’intégrer professionnellement. Malgré de fort taux de croissance, le taux de chômage chez les jeunes africains est de près de 30% - pour 38 millions de jeunes sans emploi. Et ces statistiques passent sous silences les millions d’emplois précaires qui forcent certains à vivre dans des conditions impossibles. Aussi, afin d’assurer une croissance inclusive pour la nouvelle génération, l’Afrique devra créer pas moins de  18 millions d’emplois par an d’après Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne.

 

Immigration et sécurité au cœur du sommet

Malgré cette thématique clé, le sommet n’a pu se soustraire aux horreurs de l’actualité. Avec le récent point médiatique sur les migrants subsahariens vendus comme esclaves en Libye, la question des départs était au cœur des échanges. Cette thématique n’était toutefois pas totalement hors sujet, étant donné que l’absence de perspectives professionnelles alimente largement les vagues d’immigrations illégales. En effet, si de jeunes Africains tentent de gagner l’Europe en risquant leur vie, c’est en raison de "la pauvreté, la mauvaise gouvernance, le changement climatique", expliquait Moussa Faki. Il s’agit d’un problème épineux et à plusieurs facettes: les passeurs, l'immigration clandestine, la lutte contre le trafic d’êtres humains, le chômage des jeunes, le djihadisme… De nombreuses thématiques s’y croisent.

Toutes ces questions ne peuvent être réglées que dans une relation de bonne intelligence entre les deux continents. "Il ne s’agit donc plus d’aide ou d’assistance mais de bâtir une coopération qui permet de régler les problèmes à la base et dans l’intérêt mutuel des populations et des économies des deux continents", résumait Alpha Condé, président guinéen et par ailleurs président en exercice de l’UA. Aussi, une commission d’enquête dirigée par la commission des droits de l’homme de l’Union Africaine, avec le soutien financier et logistique de l’Union Européenne. Les parties ont aussi décidé de mettre en place une task force regroupant les services de police et d'intelligence pour démanteler les réseaux et leur financement. Pour l’heure, sa composition reste un peu floue.

La Libye, elle aussi présente à Abidjan, a par ailleurs accepté une grande mission de rapatriement vers les pays d'origine de quelque 3.800 migrants africains sur son territoire, à la demande du Président français, Emmanuel Macron. L'Office international des migrations (OIM) s’est engagé à apporter un soutien tant financier que logistique pour cette opération.

 

La Côte d’Ivoire tire son épingle du jeu

Plusieurs nations africaines avaient affiché en amont de la rencontre un certain scepticisme sur le partenariat UE-UA et ses bénéfices. Et il est vrai qu’historiquement, certaines rencontres bilatérales, organisées en marge des sommets portent souvent plus de fruits que les échanges regroupant tous les participants.

C’est pourquoi la Côte d'Ivoire, premier pays d'Afrique subsaharienne à recevoir le sommet (après Le Caire, Lisbonne, Tripoli et Bruxelles), a pris son rôle d’hôte très au sérieux. Pour le Président ivoirien, Alassane Ouattara, cette réunion ne devait pas devenir le sommet de certains au détriment d’autres. "Ceci constitue une opportunité mais aussi un risque si l’on n’offre pas à cette jeunesse, la formation, les emplois et les espoirs auxquels elle aspire légitimement. Pour se faire une meilleure éducation, une meilleure formation de notre jeunesse sur le continent africain est indispensable", a-t-il rappelé.

Dans ce contexte tendu, le choix de la Côte d’Ivoire est une marque de confiance notable. Le pays a joué de fait un rôle symbolique dans ces rencontres. Disposant en effet d’une économie montante, particulièrement dynamique, Abidjan entretient également des relations serrées avec l'Europe, ce qui la mettait dans une position idéale pour relancer une nouvelle dynamique. Elle y a véritablement joué le rôle de courroie de transmission entre les nations européennes, souvent plus intéressées par la question migratoire, et les pays d’Afrique qui font de leur développement la priorité. Dans son rôle, Ouattara a répété que les enjeux étaient liés – sinon les mêmes.

"Tous ces défis constituent des enjeux majeurs pour le continent africain et l’Europe. Notre plaidoyer sera d'accroître les investissements européens publics comme privés, notamment dans les infrastructures de transports, l’énergie et le numérique qui permettront d’améliorer la compétitivité des économies africaines" a conclu, le chef de l’Etat ivoirien.

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