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UN LETTON A PARIS

Joue la comme Gulbis

Pour la première fois de sa carrière, il disputera une demi-finale d’un tournoi du Grand Chelem. Pour la première fois de sa carrière, il justifie tout le potentiel qu’on lui attribuait. Et il était temps. Ernests Gulbis, fantasque letton de 25 ans, attend sereinement Novak Djokovic, un des favoris du tournoi. Et malheur au Serbe s’il venait à prendre à la légère l’enfant terrible du circuit.

Réputé pour son irrégularité et son tempérament explosif, Ernests Gulbis est arrivé à la Porte d’Auteuil avec un mental d’acier. (shutterstock.com) 

"Le tennis fait ressortir le meilleur ou le pire de chaque individu" : le constat est d’un ancien champion et figure emblématique de son sport, André Agassi. Et il s’applique parfaitement au cas Gulbis ; l’archétype d’un jeune homme qui a toutes les armes pour dominer le circuit, l’aciduité et l’humilité en moins… De l’histoire ancienne pour le Letton ?

L’enfant gâté de l’ATP

Une mère actice de renom, un père milliardaire qui détient la troisième fortune de Lettonie : Ernests Gulbis a grandi dans l’opulence et n’a pas eu besoin de partir de tout en bas pour tutoyer les sommets. Et c’est là le premier paradoxe du Letton : souvent critiqué pour son manque de volonté et d’application, il n’avait pas besoin de se consacrer à la balle jaune pour devenir riche et célèbre.

Ernests arrive chez les pros en 2005, et traîne déjà une réputation sulfureuse : il râle constamment sur les courts, balance ses raquettes et ses matchs : il irrite, il dérange. Souvent comparé à Marat Safin pour son caractère bien trempé et son évident potentiel, on parle du Letton pour ces frasques plutôt que pour ces résultats. Il atteint cependant les quarts de finale à Roland-Garros en 2008. S’en suit une longue traversée du désert en Grand Chelem : il ne dépassera plus les 32e de finale jusqu’à l’édition 2014 des Internationaux de France.

L’agitateur du circuit effectue la plupart de ses déplacements en jet privé ; fait qu’il a dû mal à assumer. Il considère également qu’un match sans raquette cassée n’est pas "un vrai, un bon match". Toujours paradoxal, il ne manque jamais d’offrir à de jeunes supporters ses outils brisés, fruits de sa fébrilité de caractère. Enfin, petit conseil d’Ernests : nous devrions tous passer (au moins) une nuit en prison. Pour lui c’était en Suède ; embobiné par une prostituée locale, il avait fini sa soirée en garde à vue. "Cette nuit a été très divertissante" ; Sacré Gulbis !

2014, l’année du déclic

Quelque chose a changé dans la tête du Letton. Difficile d’isoler un évènement déclencheur ; il semble que Gulbis ait tout simplement adopté les bienfaits de la régularité. Au contact d’un entraîneur d’expérience, l’enfant terrible s’assagit et se focalise davantage sur la victoire finale. Il atomise toujours ses raquettes, se fend régulièrement de remarques pas toujours bien senties : il expliquait pendant la quinzaine que les femmes ne devraient pas devenir joueuses professionnelles pour plutôt se consacrer à la vie de famille. Une pointe de sexisme, un zeste de provocation : le cocktail Gulbis est toujours explosif.

Roger Federer devrait-il remercier Ernests le donneur de leçon ? En privant le Suisse d’une deuxième semaine à Rolland-Garros, il lui a offert une semaine de repos pour s'occuper de sa propre famille. Plus qu’une performance, un véritable tour de force : Federer s’était systématiquement hissé en quarts à Porte d’Auteuil depuis 2005 ! Manque de méfiance de la part de Roger ? Gulbis a en effet connu un début de saison tonitruant, remportant deux tournois ATP, à Marseille face à Tsonga et à Nice, quelques jours seulement avant le début de Rolland. C’est donc un fait rare, auquel on devra peut-être s’habituer : Ernests Gulbis persiste et signe.

Car l’histoire aurait voulu que le letton se fasse balayer par Berdych en quarts de finale, mais il n’en fut rien : le tchèque, numéro 6 mondial, n’a pas existé ; trois petits sets et puis s’en va (6-3,6-2,6-4). Gulbis semble enfin capable d’enchaîner, d’être régulier. Et de la régularité, il en faudra une montagne pour déstabiliser l’avant-dernier obstacle sur la route du fantasque Letton : c’est Novak Djokovic, modèle d’abnégation et de force mentale qui se dresse devant lui. Un vrai régal à suivre à partir de 13h30.

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