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ANALYSE

Thaïlande: un changement capital(e) ?

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"Chers compatriotes, le commandant en chef de l'armée de terre a annoncé un coup d'Etat, le 22 mai. La situation est calme. Un couvre-feu vient d'être imposé à partir de ce soir entre 22h et 5h. Il est instamment recommandé de le respecter" Cette annonce de l’ambassade de France est envoyée le 22 mai à tous les expatriés installés en Thaïlande. La suite du message officiel donne la liste des quartiers de Bangkok à éviter et précise qu’elle est évolutive. Cette nouvelle crise politique ne concerne t-elle que la capitale ?

Le reste du pays ne semble pas concerné par ce changement de gouvernement. Les mesures prises par l’armée s’appliquent peu à peu dans tout le pays mais les réactions, elles ne se font pas sentir… La plupart des chaînes de télévisions sont bloquées toutes les nuits. A la place des programmes habituels, de 22h à 5h, on peut voir le drapeau thaï flanqué des blasons des différents corps d’armée et ce nouveau sigle : "National Peace and Order Maintaining Council" (Conseil national pour la paix et le maintien de l’ordre) écrit en thaï et en anglais. En fond sonore, l’hymne national ou une musique militaire baigne vos soirées.

Contrôle militaire du pays

Sur les routes, les vérifications des papiers d’identité sont plus nombreuses qu’avant et le nombre de soldats installés aux différents check-points semble avoir augmenté. Vendredi 23 mai, lendemain du coup d’état, les écoles gouvernementales étaient fermées. Dans la région de Mae Sot, au nord-ouest du pays, à la frontière avec le Myanmar, ce sont les seules évolutions visibles depuis l’annonce du putsch militaire.

En dehors de la périphérie de la capitale, les thaïlandais ne paraissent pas préoccupés par la situation politique de leur pays. Le calme plat. Deux raisons sont possibles à ce manque de réactions : d’une part tout se passe dans la capitale, d’une autre les coups d’état sont une solution fréquente qui ne choque plus en Thaïlande.

Entre l’ignorance et la lassitude

La population de la province de Tak regarde les événements de loin, fatiguée par cette politique instable, les procès à répétition et les conflits entre les deux partis principaux. Difficile de savoir, ici, qui soutient qui et qui espère quoi. Lors de sa campagne pour les législatives de 2005, Thaksin Shinawatra, alors Premier ministre en quête d’une réélection, avait fait installer gratuitement des panneaux solaires dans des villages reculés de montagne. Pour l’ethnie Karen, privée d’électricité dans certaines vallées trop éloignées des villes, le cadeau était difficilement refusable. La promesse de voter pour le parti des Rouges, Thai rak Thai (les thaïs aiment les thaïs), en échange, elle, n’était pas toujours tenue.

Aujourd’hui, après l’expulsion de Yinglack Shinawatra et la mise en place d’un gouvernement provisoire militaire, aucune réaction ne se fait sentir dans les villages de la région. Loin de se préparer à manifester dans la rue, les habitants de la province de Tak ne parlent qu’à peine de la situation politique de leur pays. A l’annonce du coup d’état du Général Prayut, le 22 mai, Kenetu, jeune karen de 31 ans, commente simplement "Ah, c’est bien, le Parti des rouges a été scandaleux dans le passé, il fallait qu’ils soient sortis".

Contrairement à ce que font ressentir la plupart des journaux étrangers, la seule population qui s’exprime aujourd’hui en Thaïlande paraît plus rassurée qu’inquiétée par cette prise de pouvoir par la force déjà soupçonnée en automne dernier. A Bangkok et Chiang Mai (deuxième ville principale du pays), on a vu des citoyens offrir des fleurs aux soldats et les remercier.

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