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Turquie : un référendum constitutionnel contesté

C’est finalement le « oui » au référendum constitutionnel renforçant le pouvoir du président en Turquie qui l’a emporté d’un cheveu. La décision est néanmoins contestée par l’opposition et un groupe d’ONG qui crient à la fraude. L’UE a quant à elle demandé une enquête.

La réforme constitutionnelle voulue par le président Recep Tayip Erdogan est, selon les résultats donnés par le régime, passée de justesse. Avec cette réforme, devrait être mise en place en 2019, la Turquie adopte un régime présidentiel fort, imposant à ce dernier un contrôle accru sur le système judiciaire et lui permettra de de gouverner par décrets, c'est-à-dire sans consulter le parlement. Erdogan, en fin de vie politique, pourra également briguer deux nouveaux mandats de cinq ans.

Avec 51 % des suffrages, la Turquie va donc peut être prendre un virage autoritaire sans précédent sous l’égide de son dirigeant islamo-conservateur. Devant son palais de Tarabya, Erdogan a évoqué une "victoire historique". "Tout le monde devrait respecter la décision de notre nation, en particulier nos alliés", a-t-il insisté. Cependant, dès l'annonce des résultats, les deux principaux partis d'opposition en Turquie, le CHP et le HDP (pro-kurde), ont dénoncé des "manipulations".

Rapidement, ils ont été rejoints par des ONG de défense de droits de l’homme. "L‘élection n‘était pas vraiment démocratique tout comme le dépouillement. La loi le dit clairement, les enveloppes sans le tampon du comité électoral ne sont pas valides. Le Haut-Conseil électoral a même réalisé des vidéos sur le sujet. Donc ils ont pris la décision d’accepter des enveloppes sans tampon en connaissance de cause", explique Nejat Tastan, coordinateur de l’ONG AMER.

"Il ne s’agit pas d’un simple abandon du régime parlementaire ou d’un changement de système politique. En plaçant l’ensemble de nos institutions et pouvoirs politiques dans la main d’un seul homme, nous mettons désormais en péril l’avenir à la fois politique, culturel mais aussi économique de la Turquie, qui aura tout à craindre de l’instabilité inhérente, justement, au caractère arbitraire du pouvoir" déplore le journal CUMHURIYET, cité par le Courrier International.

Des rassemblements ont eu lieu lundi 17 avril, dans plusieurs villes du pays dont la capitale, Istanbul. De leur côté, les observateurs de l’OSCE ont déploré un suffrage qui s’est déroulé dans des conditions "inéquitables" et qui n’a pas été à "hauteur des critères" européens. Aussi, l'Union européenne a appelé mardi la Turquie à "lancer une enquête transparente" sur les irrégularités présumées qui ont été constatées par des observateurs dans le référendum.

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