Connexion

Un bilan alarmant pour l'accord UE/Turquie sur les migrants

Plusieurs milliers de réfugiés, migrants et citoyens grecs ont manifesté samedi sur l'île grecque de Lesbos, afin de protester contre l'accord passé en mars de l'année dernière entre l'Union européenne (UE) et la Turquie pour endiguer l'afflux de réfugiés et de migrants en Europe.

L’accord conclu entre Européens et Turcs sur le passage de migrants vers l’UE est ce plus en plus controversé. Un an après sa signature, près de 62 400 migrants seraient toujours bloqués en Grèce, d’après les chiffres du gouvernement. Pourtant, selon l'Agence Frontex, chargée de la surveillance des frontières extérieures de l’Europe, l’arrivée des migrants en Grèce via la Turquie a baissé des deux-tiers grâce à ce texte.

Entré en vigueur le 20 mars 2016, l'accord organise l'expulsion vers la Turquie des réfugiés entrés en Grèce que leur demande d'asile n’ait été acceptée par les autorités d'Athènes. Cependant, la lenteur des procédures a bloqué 14 000 demandeurs d'asile dans des camps de fortune sur cinq îles grecques – qui sont censées ne pas en accueillir plus de 7 000.

"L’accord UE-Turquie ? Un véritable marché de dupes" pour Athènes Apostolos Veizis, responsable de Médecins sans frontières en Grèce. "Moins d’un millier de retours contre près de 30 000 nouveaux arrivants ? En réalité, le deal ne fonctionne pas" explique-t-il. Pour lui les baisses sont dues à "la fermeture de la route de Balkans".

"Ce que les responsables de l'UE oublient de mentionner, ce sont les conséquences dévastatrices de cette stratégie sur les vies et la santé de milliers de réfugiés, de demandeurs d'asile et de migrants bloqués sur les îles grecques et dans les Balkans, particulièrement en Grèce et en Serbie, où ils vivent dans l'incertitude", déplore Médecins sans Frontières.

"Le personnel de Save the Children a vu des enfants choisir de se droguer afin de surmonter l'interminable souffrance à laquelle ils font face", met en garde un rapport de l'ONG. "Parmi les évolutions les plus choquantes et les plus scandaleuses, figure la hausse des tentatives de suicide et des actes d'automutilation qui touchent des enfants d'à peine neuf ans", poursuit-il.

Quid des migrants renvoyés en Turquie ? "On perd leur trace, c’est un trou noir", constate Dimitris Christopoulos, l’actuel président (grec) de la Fédération internationale des droits de l’homme. "Ce qui se joue relève d’un cynisme hallucinant. Les gouvernants européens veulent prouver à leur électorat qu’il n’y a plus de problème de réfugiés. Ils font donc pression sur le gouvernement grec pour qu’il accélère les procédures et obtienne plus de rejets".

Noter
0